Dis-moi qui tu aimes, je te dirai qui tu es – Par Jessica Herrera-Roberge

C’est toujours la même histoire avec toi.

Tes amours, tu aimes te les imaginer. Dénudés de soi, romancées par tes envies coupables de les détenir en entier. Le mystère qui les alimente te laisse l’espace pour combler le creux des apparences. Au premier regard, ça ne t’en prend pas gros pour te faire les plus beaux scénarios. Comme une main qui tient parfaitement dans la tienne. Une façon subtile de rire qui te laisse en suspens. Une même chanson qui te reste prise dans la tête. Une peau que tu trouves plus douce que les autres, plus englobante. Une essence qui transcende tes barrières émotionnelles, te fait oublier les ternitudes de ta réalité. Comblée par le raz-de-marée brusque d’émotions qui te submerge, te fait oublier tes tourments. Embarquée dans une quête d’attraction qui te pousse inévitablement au cœur d’une tempête dissimulée. 

Oh l’intensité qui les entoure. Dans leurs havres où passion rime avec tendresse, amour avec ivresse. L’adoration se donne aveuglément lorsqu’elle provient de ces écumeurs de mer qui t’ensorcellent tel un Cyrano de Bergerac des temps modernes. Tu te perds dans leur forme, sans t’attarder au contenu. Plonge dans la possibilité de ces autres qui alimentent l’incorrigible romantique en toi. Tu avances vers eux guidée par une force énergétique qui noie ton sentiment de sécurité. Tu t’en fou, les yeux fermés sur le rêve utopique qu’ils te vendent, tu avances. Désillusionnée.

Comme ils semblent libres dans leur façon d’être, extravagant et captivant dans leurs tourments. Ça t’enivre de voguer dans leur démesure, hypnotisée par leur perte de repères. Tu penses naïvement que tu pourras être capitaine de leur navire déchu. Tu t’obstines à leur prouver que tu détiens la solution à l’énigme de leur vide. Tu restes à leur merci. Espérant les accrocher, en leur montrant le mirage de celle dont ils ont envie, avec tes grands atouts de séduction et ton regard désinvolte. Tous tes efforts contrôlés pour combler l’autre, tu cautionnes le déni de l’évidence. Deux hommes à la mer n’en valent pas mieux qu’un.

Prise dans ton propre jeu, tu ne peux t’empêcher de tomber dans le piège des fausses promesses. Tu sembles oublier qu’une fois le jour levé, ils brûlent ta chair au troisième degré. Consumée par leurs déclarations d’amour sous le voile de l’inhibition qui bascule en une présence froide et distante qui te fait perdre la raison. Ils s’enfuient au large sans crier gare, indifférent de ta présence devenue accessoire. Ta réalité brouillée pour que tu penses t’être tout imaginé. Ils te figent dans une course inachevée avec un sentiment d’incompréhension qui persiste.

Tu enchaînes les acrobaties mentales pour expliquer le manque, la tension et les frustrations. Telle une détective de la pensée, tu analyses leur silence insolite avec acharnement. Piètre inspecteur, tu es. Absorbée par ta quête répétitive, maladive. Incapable de réaliser qu’ils ne veulent pas avoir besoin de toi et de l’amour tel que tu le conçois. Que rien ni personne ne peut les atteindre. Tu tentes éperdument de combler la faille, de réparer l’irréparable. Tu les cherches en faisant des détours à tous les ports, pour finalement te trouver sur la même trace. Dans un jeu de distorsions de tes pensées, dissimulé sous un couvert rassurant. Prise dans ton besoin paradoxal d’être aimé par ceux qui tentent de s’effacer.

Tu cris l’injustice, même si tu contemples avec avidité la même peine si bien connue. Et même si tu pensais t’en être sauvé, l’histoire se répète, sans que la source puisse s’échapper. Tu ne te rends pas compte que tes amours restent le miroir de tes insécurités, de tes désirs inachevés, de toutes tes anciennes flammes cumulées.

 Une autre fatalité.

L’amour n’a jamais été l’amour, et, sous le masque des illusions, tu n’en restes pas moins imposteur. Parce que c’est toujours toi qui s’acharne sur la même conclusion ; celle que tu peux les changer.

Texte révisé par Laurie Beauvilliers

Référence:

Huggins, J. (2019, 27 mars). Portrait of Xavier Evans [image en ligne]. Unsplash. https://unsplash.com/photos/jLWlA1HQMbE

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