La haine après l’amour – Par Laurence Lessard

C’est ce qui arrive quand on vous détruit. Quand quelque chose en quoi vous croyiez s’effondre. Cette frontière s’éclaircit et vous la traversez comme si c’était tout ce qu’il y avait à faire. Vous gambadez, vous vous ruez, vous montez tous les murs, vous franchissez tous les obstacles pour vous poser à côté de cette haine grandissante.

Vous étiez dans cette clairière, rayonnant.e. Cette personne s’est avancée tranquillement, sournoisement. Elle a tourné la manivelle de son arracheur, les dents se sont ouvertes et enracinées dans votre thorax, retirant votre cœur qui pompait encore (Vian, 1947).

Et tout est devenu terne. Tout est devenu si fade. Vous vous êtes assis.e au sol, puis toutes les couleurs du monde se sont envolées. Vous l’avez vu, elle et sa tendre dulcinée, s’envolant dans la rocambolesque aventure de la vie en faisant mine de ne pas vous voir. C’est comme si vous n’existiez pas. Et c’était bien réel, vous n’existiez plus. Et toute cette haine, bonté divine, toute cette haine que vous aviez en vous, que vous semblez cuisiner dans une rivière abondante. Ne vous noyez pas, je vous en prie. Vous êtes tellement joli.e. Vous êtes tellement talentueux.se! Ce serait ridicule de prendre tout ce potentiel et de le jeter à l’eau à cause d’une seule personne, n’est-ce pas?

Même si cela était un mensonge, même si ça n’a jamais été vous, même si vous y avez cru, même si vous pensiez être amoureux.se, même si j’y ai cru moi aussi. Même si vous vomissez toutes vos tripes, que vous régressez dans tous vos beaux progrès vers l’optimisme dont les autres vous bourrent la tête. Et même si la haine vous alimente encore.

Prenez-là, modelez-là pour en faire quelque chose de plus fort, de plus vous. Croyez-moi, la seule façon de se débarrasser de toutes ces mauvaises émotions, c’est de les faire vivre au plein potentiel de leur ardeur. Je pense sincèrement qu’il n’y a rien de mal à détester quelqu’un, rien qu’un temps, ça permet de purger toute la merde qu’il y a dans votre être.

Et vous finirez par tourner la page. Terminer le livre, sauter-dessus, l’asperger d’essence et le mettre en feu, bouffer les cendres et vous réjouir de tout avoir surmonté. Je sais que vous allez le faire. Ça fait un sacré paquet de fois qu’on se croise, vous et moi. Et comme chacune de ces autres fois, je vous dirai la même chose. La haine après l’amour, c’est passager. Et même si ça vous consume de l’intérieur un bref instant, rappelez-vous que le feu est éphémère et que votre personne, vos rêves, vos ambitions, ce qui vous constitue, ça l’est un peu moins.

Texte révisé par Gabrielle Cyr Cormier

Références :

Riemer, K. (2019, 11 mars). Champ De Tournesol [image en ligne]. Pixabay. https://pixabay.com/fr/photos/champ-de-tournesol-fan%c3%a9e-tournesol-4048169/Vian, B. (1947).

L’écume des jours (1ière édition., vol 1). Gallimard.

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