Faire le deuil de son identité sportive – Par Myriam Harvey

Une étape de ma vie difficile à traverser a été l’arrêt de mon sport de compétition. En effet, j’ai été une nageuse compétitive durant sept ans. Je m’entrainais six fois par semaine, en plus d’avoir une compétition à chaque mois. Ce fut donc sept années de ma vie où mon sport était une partie considérable de mon identité. La natation était pour moi une façon de me pousser à atteindre de nouvelles limites, de gérer mon anxiété et de me développer en tant que personne. Il ne faut pas oublier la deuxième famille que je me suis créée grâce à ce sport. En traversant autant d’épreuves avec mes coéquipier.ère.s, des liens spéciaux se sont développés, qui nous ont unis durant toutes ces années.

Quand est venu le temps de prendre ma retraite sportive, l’arrêt de mon sport n’a pas été graduel. Au contraire, à cause de la pandémie, du jour au lendemain, j’ai dû laisser une partie de moi de côté. Ne plus nager a causé un grand vide dans ma vie pour plusieurs mois. Perdre cet aspect de mon identité aussi soudainement a été tout un défi. Heureusement, j’ai fini par développer de nouvelles habitudes, et même de nouveaux loisirs. Toutefois, la perte d’une si grande partie de soi est un choc puissant pour une personne. Faire le deuil d’une partie de son identité n’est pas facile.

J’ai adoré mes années de natation, même si je ne faisais pas partie des nageur.euse.s d’élite. Chez les sportif.ive.s compétitif.ive.s de haut niveau, le sport prend une place encore plus importante dans leur vie. C’est pourquoi lorsqu’arrive le moment de leur retraite sportive, cette dernière peut avoir de grands impacts sur leur identité personnelle. Cette transition est majeure : la personne qui se définissait autrefois comme sportive doit maintenant trouver une nouvelle façon de se définir. L’individu devant faire le deuil d’une partie de son identité doit entrer dans un processus de quête identitaire, afin d’être en mesure de donner un nouveau sens à sa vie. Cela est particulièrement difficile pour les athlètes d’élite, puisque leur vie a longtemps tourné autour de leur sport (Yao, 2018).

Il n’est donc pas surprenant que la retraite sportive soit rarement vue comme un événement positif. Les grand.e.s sportif.ive.s doivent traverser un énorme changement, qu’iels perçoivent souvent comme une mise à l’écart (Ouellet, 2007). Ces dernier.ère.s doivent redéfinir leur vie, ce qui n’est pas une simple chose.

C’est pourquoi il est important chez les sportif.ive.s de haut niveau d’intégrer à leur vie divers loisirs, et ce, idéalement avant leur retraite (Yao, 2018). En effet, en transitionnant d’athlètes d’élite à retraité.e.s, iels ne seront pas complètement pris au dépourvu. En ayant préalablement incorporé une nouvelle facette à leur identité, le deuil de leur identité sportive sera moins difficile :  iels pourront profiter d’autres loisirs déjà pratiqués. Il est également primordial pour les athlètes retraité.e.s d’avoir un bon réseau de soutien social, (ami.e.s, famille, etc.). Celui-ci permettra aux ancien.ne.s athlètes d’être accompagné.e.s dans leur période de transition et de les aider à trouver une nouvelle voie (Ouellet, 2007).

Chaque sportif.ive vit son deuil identitaire de façon unique. Personnellement, ce qui m’a beaucoup aidé a été de débuter mon parcours universitaire en même temps que j’ai cessé mon sport. Le temps que je dédiais autrefois à la natation, je le consacre désormais à l’étude de la psychologie, une nouvelle passion que j’ai découverte. Il m’a tout de même fallu quelque temps pour m’ajuster à cette nouvelle réalité. Aujourd’hui, je suis satisfaite du cheminement que j’ai fait. Certes, il a été cahoteux, même douloureux à certains moments.  Cependant, je peux désormais regarder avec nostalgie les souvenirs de mon identité sportive. Ce sont des souvenirs que je n’échangerais pour rien au monde. Ils m’ont permis de mieux me définir en tant que personne, de me motiver à me dépasser, et de constamment me pousser à atteindre mes rêves, ce dont je serai toujours reconnaissante.

Texte révisé par Houda Sabata

Références

Ouellet, B. (2007). Renoncer à sa discipline sportive ; une rupture difficile dans la vie de l’adolescent : repenser l’accompagnement et la prévention à partir d’une démarche compréhensive de l’expérience vécue par huit jeunes [thèse de doctorat, Université du Québec à Rimouski]. Semaphore. https://semaphore.uqar.ca/id/eprint/309

Yao, P.-L. (2018). L’influence du statut sportif sur l’autodéfinition et les habitudes de vie des athlètes de haut niveau [thèse de doctorat, Université du Québec à Rimouski]. Cognitio. https://depot-e.uqtr.ca/id/eprint/8570

2476217. (2017, 1 septembre). Competition-ga33959c1a_1920 [image en ligne]. Pixabay. https://pixabay.com/fr/photos/concurrence-la-natation-sva-la-nage-2702709/

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