Entrevues avec des femmes et personnes non-binaires: Mina Guérin

Parle-nous un peu de toi. Quel est ton parcours universitaire ? Quelles ont été tes implications dans la vie étudiante ?

Je suis à ma deuxième année en neuroscience cognitive, profil neuropsychologie. J’ai décidé de m’impliquer au début de ma deuxième année. J’ai commencé par être bénévole durant les activités d’accueils des nouvelles.aux. C’était 4 jours d’activités en août où l’on accompagnait les nouvelles.aux. Ensuite, au début de l’année scolaire en septembre, je me suis engagée pour faire partie de l’équipe du Psychic. J’avais déjà voulu être bénévole au Psychic l’année d’avant, mais à cause de la Covid le café a été fermé toute l’année. J’ai donc fait plusieurs shifts au café à la session d’automne et j’ai bien aimé donc j’ai décidé de continuer cette session aussi. Présentement, je fais le mercredi de 12h à 16h30 à chaque semaine. Aussi au début de la session d’automne dernier j’ai décidé de m’impliquer dans le comité féministe de psycho/neuro. J’ai postulé aux élections pour l’un des deux postes de gestionnaire des événements et j’ai été élue avec Coralie Ferrara! Depuis, je dirais que j’investi en moyenne 4 heures par semaine et je participé à la création, à l’organisation et à la mise en œuvre de plusieurs événements comme des soirées discussion, une soirée quiz, un kiosque commémoratif et une marche pour le 8 mars. Il y a encore pleins d’autres projets que nous voulons faire d’ici la fin de notre mandat en automne 2022 comme un cercle de lecture, une autre soirée quiz, un atelier d’auto-défense, des pique-niques et plus encore !

Pourquoi as-tu décidé de t’impliquer ?

Au départ j’ai décidé de m’impliquer parce que j’avais envie de vivre la vie étudiante. Je venais de faire ma première année d’université en ligne dans une nouvelle ville où je ne connaissais presque personne et j’avais envie de rencontrer des gens et d’agrandir mon cercle social. On peut dire que ça a été un succès. J’ai rencontré une communauté de personnes super intéressantes. Des gens complètement différents et en même temps qui s’entendent super bien ! À force de m’impliquer, mes motivations ont changé. Je suis devenue quelqu’un de plus engagé et maintenant j’ai envie de faire du bénévolat non seulement parce que ça me permet de rencontrer des gens, mais aussi parce que ça m’apporte beaucoup plus. Je me sens utile et je sens que ce que je fais a un but.

Qu’est-ce que t’impliquer dans la vie étudiante t’a apporté ?

Au final, j’ai trouvé par mon implication bien plus que ce que j’étais venue chercher. Oui je me suis créer des beaux liens d’amitié, mais j’ai aussi vraiment grandi en tant que personne. J’ai appris énormément sur le féminisme et j’ai beaucoup cheminé sur ma vision du féminisme et de ce que c’est d’être une femme aujourd’hui. Je suis une personne plus engagée qu’avant je pense et ce n’est très probablement pas la dernière fois que je vais faire du bénévolat dans ma vie.

De quoi es-tu la plus fière en rapport avec ton implication ?

Je dirais que ce dont je suis le plus fière c’est tout le temps que j’y ai passé. Je ne m’en rends pas compte dans mon quotidien, mais au total ça fait beaucoup d’heures investies. Je n’aurais jamais cru que je pourrais autant faire de bénévolat. Je pense que j’aime plus ça que ce que j’avais pensé au début et ça rend ça agréable sans que ça soit une obligation. Même si parfois je peux faire beaucoup d’heures de bénévolats par semaine, ce que je trouve difficile ce n’est pas de trouver la motivation pour le faire, mais de trouver le temps. L’autre chose dont je suis aussi fière est quand quelqu’un.e vient me dire qu’iel a vraiment apprécié l’événement que j’ai fait et que ça lui a fait du bien de pouvoir échanger sur un sujet. Ça me rappelle que je ne fais pas ça pour rien et que ce qu’on fait en tant que comité ça fait une différence.

Que représente pour toi le regroupement dans lequel tu t’impliques ?

Pour moi le comité féministe représente un support inconditionnel à ma condition féminine. Je sais que c’est un endroit sans jugement où je peux m’exprimer sur les injustices que j’ai vécues ou que je vis sans avoir peur de me faire invalider. On parle souvent de sujets très sensibles et je me suis parfois plus ouverte à ces personnes que je ne connaissais pas beaucoup au départ qu’à ma famille ou mes ami.e.s proches.

As-tu fait face à des défis durant ton implication parce que tu es une femme/ personne non-binaire ?

Je n’en ai pas personnellement vécu. En même temps, je suis chanceuse puisque je m’implique dans des milieux très ouverts. Ce n’est pas dans le comité féminisme que je risque de vivre du sexisme. Cependant, je peux comprendre que des femmes ou des personnes non binaires impliqué.e.s puissent vivrent de la discrimination. Je pense à ma colocataire qui s’implique beaucoup pour la cause environnementale et elle me parle parfois de comment les journalistes ou toute autre personne qui veut rejoindre l’organisation a tendance à entrer en contact avec un membre masculin seulement. Aussi, je pense que parfois dans des regroupements les projecteurs sont plus souvent orientés vers les hommes, sous prétexte qu’ils parlent « plus fort ».

Quels aspects de la vie étudiante devraient être remaniés de manière à mieux représenter la communauté des femmes/personnes non-binaires selon toi ? Cela peut être par rapport aux comités, aux cours, aux événements étudiants, aux documents universitaires…

Selon moi, ce qui doit être changé pour que les femmes et les personnes non-binaires soit mieux représenté.e.s est une plus grande présence d’écriture inclusive dans la vie universitaire. Saviez-vous que certains professeur.e.s n’acceptent même pas que des travaux soient remis en écriture inclusive ? Leur explication ; ça fait un travail trop chargé ou trop « lourd ». Premièrement, ça montre à quel point ces personnes ne sont pas au courant de ce qu’est l’écriture inclusive. Il y a pleins de manières d’inclure les femmes ou les personnes non-binaires sans avoir un texte plus long. Par exemple, on peut dire la présidence quand on parle du président ou de la présidente, on peut dire la communauté étudiante au lieu de dire les étudiants et les étudiantes. Deuxièmement, de me dire que l’écriture inclusive ça rend la correction trop compliquée c’est de me dire que prendre le temps de m’inclure dans mon propre travail ça vaut moins que le précieux temps de correction des auxiliaires. C’est plus facile de m’effacer donc c’est ce qu’on fait et « le masculin l’emporte ». Concrètement le manque d’écriture inclusive a plusieurs impacts. Imaginez ce que ça peut faire de toujours lire ou entendre « les étudiants », « un docteur », « un psychologue », « un chercheur ». Inconsciemment, à force de ne jamais être inclus.e et de ne pas avoir de modèle on s’imagine et on se projette moins être psychologue ou chercheur.e. Saviez-vous que la proportion de femmes et de personnes non-binaires au doctorat est plus basse que celle au bac ? Ce n’est clairement pas parce que les femmes ou les personnes non-binaires ont des capacités moindres que les hommes. Le manque de représentativité a des impacts réels.

(Évidemment, je suis consciente qu’il y a pleins d’autres facteurs qui entrent en jeux pour expliquer la baisse de proportion des femmes au cycles supérieurs.)

Pour faire cette entrevue, une personne a dû proposer ta candidature. Comment te sens-tu par rapport à ça?

Quand j’ai vu que j’ai été nominée j’ai été vraiment surprise et touchée. Sincèrement je ne m’y attendais pas. Parfois, on ne se rend pas vraiment compte que ce qu’on fait, toutes les heures qu’on met, ça a un impact. On n’a pas l’impression que les gens remarquent. Donc, ça m’a vraiment fait chaud au cœur de savoir que quelqu’un a pris le temps de remplir ma candidature et ça me donne l’impression que oui je le mérite. Alors je suis énormément reconnaissante envers cette personne ! ❤

Que dirais-tu à une femme/ une personne non-binaire qui hésite à s’engager ?

Go for it !! Non, mais pour vrai ça peut peut-être faire peur au début de s’impliquer. On peut vivre un peu avec le syndrome de l’imposteur. Moi-même quand j’ai postulé pour être dans le comité féministe je me disais « Mais pour qui tu te prend, tu t’y connais pas tant que ça en féminisme, il y a pleins d’autres personnes qui pourraient bien mieux faire cette job que toi ». Aussi, étant une femme blanche cis, je n’avais pas envie de prendre la place de quelqu’un qui aurait pu apporter un autre angle et un autre vécu. Le mouvement féministe a beaucoup été représenté par des femmes blanches cis et je pense qu’il est plus que temps qu’on écoute les femmes racisées, les femme trans et les personnes non-binaires sur ce qu’elles ont à dire sur le féminisme. Bref, je n’étais pas trop certaine si c’était ma place. J’ai donc été étonnée quand on a fait notre première rencontre de comité et que j’ai réalisé qu’on se sentait toutes un peu comme ça. Par mon implication dans le comité j’ai réalisé que l’implication c’était pour tout le monde et que les personnes qui sont dans cet environnement sont vraiment ouvertes et sans jugement. Donc si tu veux t’impliquer et que tu hésites je te conseille vraiment de le faire. Tu vas tisser des liens avec plusieurs autres personnes incroyables et ton implication pourrait t’apporter beaucoup plus que tu ne le penses.

Que signifie être une femme/ personne non-binaire pour toi ?

C’est une bonne question. Je dois avouer que même si je fais partie du comité féminisme, je ne sais pas exactement ça veut dire quoi pour moi être une femme. Du moins, je ne le sais pas encore. J’ai l’impression que plus j’en apprends sur le féminisme, plus ma perspective évolue et plus il est difficile de mettre des mots sur un concept aussi compliqué. Ce que je sais c’est qu’il existe une multitude de définitions et que chacune est valable tant qu’on accepte que ce qui est valable pour nous ne l’est pas nécessairement pour quelqu’un d’autre.

Quels enjeux dans la vie de tous les jours as-tu rencontrés car tu es une femme/ personne non-binaire ?

La liste est assez longue je crois. Ça va de petites injustices comme de me faire couper la parole à de plus grandes comme subir des violences à caractère sexuel. Des événements qui oui ne sont pas uniquement réservés aux femmes ou personnes non-binaires, mais qui ont beaucoup plus de probabilités de se produire chez ces personnes. Juste parce que je suis une femme j’ai plus de probabilités de vivre de la violence conjugale, plus de probabilité d’être victime de violences à caractère sexuel, j’ai moins de chances de me faire offrir un travail ou une augmentation pour le même niveau de compétence qu’un collège masculin, il y a plus de chances que je doive mettre ma carrière de côté pour m’occuper des enfants, parce que c’est ça qui est attendu de moi et plus encore. L’égalité elle est où ? Oui on a fait énormément de chemin et je suis vraiment reconnaissante de pouvoir profiter des progrès qui ont été faits, mais ce n’est pas parce que j’ai mon droit de vote que le combat est terminé. Il va falloir continuer jusqu’à temps que l’on soit autant reconnu.e.s et respecté.e.s que les hommes.

Qui t’inspire le plus dans le monde des femmes/personnes non-binaires ? Cela peut être une personne que tu connais, une personnalité connue, un personnage de livre, de film, de théâtre…

Les femmes qui m’inspirent le plus dans ma vie je pense, ce sont mes grand-mères. Des femmes très différentes, mais qui se ressemblent sur plusieurs points. Des femmes fortes et engagées. Elles ont vécu à une époque où le sexisme était beaucoup plus présent et flagrant qu’aujourd’hui et ça ne les a pas empêchées de prendre action. Je pense à ma grand-mère maternelle qui amenait ma mère enfant à des manifestations contre le sexisme ou encore pour la réduction des frais de scolarité. Elle qui fait partie de la communauté 2SLGBTQIA+, ça n’a pas dû être facile, mais elle est restée fidèle à elle-même. Je pense à ma grand-mère paternelle qui a travaillé une bonne partie de sa vie à aider des femmes autochtones à partir leur entreprise. Elle qui a elle-même partie sa propre entreprise et qui ne s’excuse pas de prendre sa place. Tout ça en gardant une grande ouverture et sensibilité. Avec du recul je pense que j’avais le gène féministe depuis le début, même si ça m’a pris du temps le trouver. Je suis vraiment fière de pouvoir dire que je suis leur petite-fille et je suis fière de pouvoir continuer ce qu’elles ont commencé !

Photo prise par Rémy El-Nemr

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