Entrevues avec des femmes et personnes non-binaires: Anne-Marie Kik

Parle-nous un peu de toi. Quel est ton parcours universitaire? Quelles ont été tes implications dans la vie étudiante?

Je suis entrée à l’UdeM au programme d’Année préparatoire à l’automne 2019, après avoir effectué ma 12e année dans une école secondaire de l’Ontario. À ce moment-là, j’avais deux objectifs : compléter mes cours prérequis pour entrer au baccalauréat en psychologie et ainsi entamer mes études dans mon domaine de rêve, et explorer les diverses occasions qui s’offraient à moi pour m’impliquer dans la vie étudiante et m’intégrer à mon université.

Pourquoi as-tu décidé de t’impliquer?

Cela m’a été tout naturel : c’est ce que j’avais toujours fait depuis l’école primaire! Que ce soit de performer dans des spectacles artistiques ou de m’enrôler dans des groupes de chant a capella, d’œuvrer dans des groupes de pair.e.s aidant.e.s ou de sensibilisation à la protection de l’environnement, d’être animatrice aux activités d’accueil d’une nouvelle cohorte, ou de donner un coup de main lors d’événements communautaire comme des campagnes de paniers de Noël… j’ai toujours adoré être très occupée par de multiples projets et engagements! J’adore particulièrement être dans l’organisation d’événements et d’activités adressés à mes pair.e.s étudiant.e.s. Je le fais car cela me permet de m’embarquer dans plein d’aventures chaque fois, et parce que ça me rend fière de donner ma contribution et de laisser ma trace dans la réalisation de projets communs. C’est également la meilleure façon de faire tout plein de belles rencontres et de tisser des liens qui durent longtemps!

Qu’est-ce que t’impliquer dans la vie étudiante t’a apporté?

Tout d’abord, toujours beaucoup de plaisir! Littéralement, un grand nombre des plus belles journées et soirées de ma vie se sont déroulées dans le cadre d’événements que j’ai organisés ou auxquels j’ai participé, issus de mon implication étudiante. Ces moments marquants m’ont également apporté des sentiments d’accomplissement, de gratification, et même de congruence, c’est-à-dire l’impression d’être à la bonne place, dans mon élément. Certains engagements m’ont également permis des apprentissages significatifs, car j’ai développé des habiletés qui venaient avec de nouvelles responsabilités (communication, fonctionnement d’une association, fonctionnement d’un budget, coordination du travail d’équipe, etc.). Je constate aussi à quel point mon implication a augmenté ma confiance et mon charisme, et même l’image que je me fais de moi-même. J’ai vraiment exploré ma personnalité et découvert mon identité. Enfin, c’est simple, j’y repense et je me mets à sourire. Définitivement, mon implication dans la vie étudiante a gravé de merveilleux souvenirs dans ma mémoire.

De quoi es-tu la plus fière en rapport avec ton implication?

Je suis très fière de mon engagement au Comité féministe de psycho/neuro. Durant mon passage dans ce comité, j’ai appris plein de choses sur les réalités des personnes qui m’entourent (concernant par exemple le racisme, le sexisme, l’homophobie et la transphobie, l’intersectionnalité, etc.) ainsi que sur ma propre réalité, soit celle d’être une femme. Je suis fière des prises de conscience que cela m’a permis de faire. Je suis fière d’avoir décidé que je ne voudrais pas accepter les conventions ou les attentes de la société envers les femmes, que je voudrais vivre à ma manière, être un esprit libre, et surtout, militer pour que d’autres femmes aient les mêmes prises de conscience et libèrent elles-aussi leurs ailes. Je suis fière d’avoir renforcé mon âme de justicière et de défenderesse des droits, et d’avoir compris comment je pouvais moi-même devenir une meilleure personne.

Je suis aussi fière d’avoir organisé des événements au Comité féministe dans mon mandat de gestionnaire des événements. Il y en a eu un en particulier, le tout premier au retour en présentiel à l’été 2021 : la soirée Open Mic sur les standards de beauté et l’image de soi. On avait pensé à tout : pizza, lanternes, discours d’introduction, etc. Au fil des témoignages que certain.e.s avaient préparés, cela en inspirait d’autres à s’ouvrir au groupe de manière spontanée et de partager un quelque chose de très personnel (même que des larmes ont coulé chez plusieurs), à des personnes qui, à peine deux heures plus tôt, leur étaient totalement inconnues… ça m’a fait chaud au cœur de constater que l’événement que j’avais mis sur pied a permis d’établir un espace assez sécuritaire et inclusif pour que ces personnes soient à l’aise de se livrer comme ça. C’était tellement gratifiant et réjouissant!

Que représente pour toi le regroupement dans lequel tu t’impliques?

Chaque jour, le travail que je fais avec mes collègues à l’AGÉÉPUM me rappelle que j’ai surmonté mes inquiétudes et fait le saut pour me représenter en tant que déléguée aux affaires internes. Que j’ai été élue, car j’ai réussi à transmettre ma personnalité à la communauté étudiante et que j’ai gagné sa confiance. Et que cela a été la meilleure chose qui puisse m’arriver cette année. L’asso représente donc pour moi le courage et la réussite. Ça représente aussi une famille composée de superbes personnes avec qui il est toujours plaisant de se réunir et de passer du temps ensemble!

As-tu fait face à des défis durant ton implication parce que tu es une femme/ personne non-binaire?

Heureusement, mon expérience a plutôt été de constater que plusieurs filles et femmes faisaient partie des groupes dans lesquels je m’impliquais. On se serrait les coudes entre nous et on prenait le temps de s’écouter parler les unes et les autres. De plus, rendue en psychologie à l’université, j’ai été heureuse de voir que l’équité, la diversité et l’inclusion occupaient une place de plus en plus importante dans les discours étudiants. Je ne crois donc pas avoir subi d’embûches liées à mon genre.

Quels aspects de la vie étudiante devraient être remaniés de manière à mieux représenter la communauté des femmes/personnes non-binaires selon toi? Cela peut être par rapport aux comités, aux cours, aux événements étudiants, aux documents universitaires…

Définitivement, il faudrait remplacer l’usage du mot « Homme » par « humain.e.s » ou « humanité ». Quelqu’un.e peut-il ou elle me donner un argument pour lequel cette expression non-inclusive devrait absolument demeurer en place ? C’est niaiseux, mais c’est la base. Ensuite, il y a l’écriture inclusive et l’écriture épicène, qui sont de plus en plus intégrées dans le langage oral et écrit. C’est une étape clé vers une meilleure représentation de la diversité et vers l’inclusion de tous les genres. Idéalement, selon moi, le corps enseignant devrait l’intégrer dans son enseignement et dans ses notes de cours/présentations visuelles/évaluations afin de la normaliser. Finalement, les efforts effectués dans le but de solliciter un maximum de femmes dans l’implication étudiante doivent être maintenus, et renforcés si possible. Ce beau projet du Comité féministe et du journal L’Amnésique sur l’implication des femmes à l’AGÉÉPUM m’a fait constater à quel point de belles personnalités femmes et non-binaires sont engagées dans notre asso, et comme de la communauté étudiante de psycho-neuro à l’UdeM est composée à 85% de femmes, c’est vraiment beau à voir lorsque celles-ci s’impliquent !!

Pour faire cette entrevue, une personne a dû proposer ta candidature. Comment te sens-tu par rapport à ça?

Cela me fait énormément chaud au cœur. À l’AGÉÉPUM, on fait énormément d’efforts pour rejoindre le plus d’étudiant.e.s possible et les faire embarquer dans nos activités et nos projets pour enjoliver leur parcours universitaire. Comme on est une très grosse association (plus de 2000 membres), cela est difficile à faire. Mais ma candidature au présent projet me démontre que ma contribution et mon enthousiasme ont touché certaines personnes, et au final, la rétroaction d’un.e seul.e individu ayant apprécié l’une de nos activités compte pour beaucoup. Et pour être parfaitement honnête, j’espérais secrètement être nominée, car cela représente une belle façon de clore mon propre parcours au baccalauréat qui s’achève bientôt! 😊

Que dirais-tu à une femme/ une personne non-binaire qui hésite à s’engager?

Tu n’y as absolument rien à perdre et absolument tout à gagner. Prends moi par exemple : je sais que mon implication étudiante a définitivement forgé la personne que je suis devenue aujourd’hui. Bien sûr, c’est normal d’hésiter à s’embarquer lorsque quelque chose nous est encore inconnu ; le cerveau humain roule de cette façon, il aime rester dans sa zone de confort. Mais je te promets qu’une fois que tu auras essayé, tu ne le regretteras pas et tu ne voudras que t’impliquer encore davantage! Et si tu hésites par peur que ça compromette tes études en psycho/neuro, crois-moi, je te garantis qu’il ne s’agit pas de faire un choix entre vie étudiante et avenir au doctorat. D’ailleurs, personnellement, mon implication étudiante a été la flamme qui m’a motivée pour passer au travers des moments plus difficiles durant mes études et maintenir de bonnes notes, comme pendant l’école en ligne en temps de pandémie par exemple. Et le mot de la fin : qui ne tente rien n’a rien, c’est la devise que je retire de mon expérience au baccalauréat!

Que signifie être une femme/ personne non-binaire pour toi?

Une question à laquelle j’ai beaucoup réfléchi dans la dernière année… Être une femme selon moi, ça implique beaucoup d’attentes de la société, des attentes qui restreignent notre liberté si on ne s’arrête pas pour les remarquer et pour cesser de les endosser. Par exemple, le sous-entendu que toutes les femmes veulent avoir des enfants ; et si une n’en veut pas, elle doit justifier ses raisons à tout le monde qui la questionne. Être mère, c’est dur : ça implique beaucoup de sacrifices, beaucoup de charge mentale et d’épuisement. Personnellement, ça ne m’a pas l’air alléchant ; pourquoi alors me fait-on sentir coupable ou égoïste de ne pas désirer d’enfants ? Même chose pour le mariage, le style vestimentaire, et le caractère ; que d’attentes, que de restrictions (ou alors de jugements si on décide d’en faire autrement). C’est avoir l’air effrontée ou germaine si on parle fort, mais par rater des opportunités de s’exprimer et de se faire valoir parce qu’on finit par se taire. Dans le cas des mères sur le marché du travail, c’est avoir 2 emplois à temps plein, mais l’un qui offre un salaire statistiquement moindre que celui des hommes, et l’autre effectué 100% bénévolement et souvent avec un manque de reconnaissance. Être femme, ça implique de souligner la Journée internationale des droits des femmes à chaque 8 mars, car le combat se perpétue encore aujourd’hui. Et naître femme, c’est naître avec le risque d’être victime de violence conjugale ou de féminicide, quasiment imprimé dans notre code génétique. À mes yeux, c’est révoltant.

MAIS ! être femme, c’est aussi quoi ? C’est un party, quand tu te laisses être toi-même. Ce sont des fous rires, de l’entraide, de la compassion, de la chaleur, c’est écouter, c’est prendre le temps. C’est être forte. Être une femme, c’est merveilleux. Malgré ma colère et mon indignation qui transparaissent plus haut, j’adore être femme et je ne voudrais rien y changer.

Quels enjeux dans la vie de tous les jours as-tu rencontrés car tu es une femme/ personne non-binaire?

Je voyage beaucoup en transport en commun. Quand je prends le métro habillée d’une jupe mi-cuisse, je suis étrangement très consciente de ce que je porte, et parfois mes pensées façonnent des scénarios dans lesquels je me fais zyeuter, siffler (cela m’est déjà arrivé), ou interpeller/commenter sur mon corps. Par chance, cela ne m’est jamais arrivé (idéalement il ne s’agirait pas de chance, mais comme c’est la réalité de plusieurs femmes dans le métro, je me considère chanceuse). Quand je porte des vêtements qui me donnent une allure androgyne, j’ai l’impression d’avoir l’air moins fragile et plus imposante, et d’être ainsi protégée des potentiels catcalls que je pourrais m’attirer en portant une jupe. Par contre, quand je prends le transport en commun vêtue d’une jupe ou de shorts qui montrent mes jambes non rasées, mes pensées vont plutôt dans une autre direction : est-ce que je me fais juger à cause de cela? Est-ce que je suis prise moins au sérieux simplement à cause de mon choix personnel de ne pas me conformer à une convention que je trouve injuste et qui donne une image d’enfant prépubert à une femme adulte? Enfin, mon message dans tout ça : n’est-ce pas particulier aux femmes d’être préoccupées par leur habillement pendant leurs voyages en métro? Plus encore : pourrais-je rentrer chez moi après une soirée tranquille au bar, sans ressentir le besoin de vérifier la rue de temps à autre pour m’enquérir de la présence de personnes qui marchent derrière moi ?

En dehors de l’univers de la STM, la liste s’allonge : je remarque de façon pointilleuse les moments où ma sœur et moi mettons la table pendant que mes parents terminent de préparer le souper, alors que mes frères sont sur leur cell assis devant la télé ; les fois où je me tasse dans la rue par réflexe lorsqu’un homme marche vers moi au milieu du trottoir sans se mettre sur le côté ; les fois où l’interlocuteur de mon copain lui demande comment je m’appelle, alors que me trouve juste à côté d’eux (je ne suis pas que la copine de mon chum, je suis également ma propre personne!) ; toutes ces fois où j’ai continué à sourire pour ne pas paraître impolie au lieu de ramener à l’ordre un client qui me criait dessus… Et toutes ces réalisations me permettent de me dire que je veux plus accepter de me laisser marcher dessus comme ça.

Qui t’inspire le plus dans le monde des femmes/personnes non-binaires? Cela peut être une personne que tu connais, une personnalité connue, un personnage de livre, de film, de théâtre…

Billie Eilish ; simplement icônique, ne sourit pas pour plaire aux autres, ce qui rend son sourire d’autant plus authentique et magnifique. Safia Nolin, qui surmonte jour après jour des commentaires haineux sur son style vestimentaire, son art ou sa personne. Tou.te.s mes ami.e.s qui s’identifient à la communauté LGBTQ+, qui sont simplement elleux-mêmes et qui font voir au monde que ce monde est plus beau avec plus de couleurs et de diversité.

Photo prise par Rémy El-Nemr

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