Quand les maux dépassent les mots – Par Florence Lajeunesse

Le sarcasme : un concept que bien des gens utilisent fréquemment, et que bien d’autres ont tant de difficulté à saisir. 

Je me fais souvent dévisager d’un regard perplexe par les gens qui ne me connaissent pas encore très bien lorsque je fais preuve d’humour noir ou d’autodérision. Mais la chose que ces gens qui ne me connaissent que trop peu ont le plus de difficulté à saisir, c’est mon sarcasme. La vérité, c’est que je l’utilise beaucoup  – trop même. Dans la vie de tous les jours, cela peut être déstabilisant pour les personnes qui n’y sont pas habituées, ou encore pour celles qui ont de la difficulté à saisir ce qui se trouve au-delà du premier degré. 

« Pourquoi autant de sarcasme ? », me demanderez-vous. En fait, je ne m’étais jamais posée la question, ni même attardée à tenter de remarquer les moments pendant lesquels je m’exprime de la sorte. Je crois qu’au début, il y a quelques années, le sarcasme me venait lorsque j’étais gênée de m’exprimer devant des inconnu.e.s ou à propos de certains sujets, comme la sexualité ou encore l’alcool et les drogues. Puis, le temps est passé et j’ai remarqué que les gens me trouvaient drôle et que je pouvais passer presque n’importe quelle remarque avec une touche d’humour. Maintenant, il n’y a pratiquement pas de contextes dans lesquels mon sarcasme ne fait pas une apparition… ou deux, ou trois, ou dix. 

Certain.e.s me diront que mon sarcasme se veut une clôture de barbelés, que c’est un moyen de me défendre contre certain.e.s sujets et situations douloureux.euses. Autrefois, je leur aurais répondu qu’iels se trompent et que c’est seulement pour faire rire. Aujourd’hui, je dirais à ces gens qu’iels ont raison. 

Étudiant en neuropsychologie, je n’ai eu d’autres choix que d’étudier les mécanismes de défense psychologique dans une myriade de cours universitaires, notamment ceux qui traitent de la psychopathologie. Je n’ai pas besoin de vous mentionner que mon orgueil a pris un bon coup quand je me suis aperçue que je faisais peut-être partie de ces individu.e.s qui veulent cacher leurs maux avec les mots. Je n’étais pas trop sûre de la conclusion que je devais en tirer. Est-ce que cela faisait de moi une personne mentalement instable ? Est-ce que c’est normal d’utiliser le sarcasme comme mécanisme de défense ? Est-ce que c’est malsain, ou alors est-ce une pratique répandue chez les gens, et particulièrement dans notre génération un peu tordue ? 

Avec un pas de recul, une pelleté d’introspection et quelques lectures semi-scientifiques, j’en suis venue à me dire que je n’étais peut-être pas si bizarre que ça, et même que l’humour sarcastique semblait être inhérent à la vie sociale. J’ai même lu quelque part que l’humour sous toutes ses formes serait au centre de la théorie psychanalytique de Freud (eh oui, cette même théorie que l’on n’arrête pas d’étudier et de réfuter dans bon nombre de nos cours au baccalauréat). À ce qu’il paraît, l’humour agirait « comme révélateur – et même comme régulateur – des tensions au sein des rapports entre le moi et le surmoi…[et] comme protecteur contre la menace d’un réel frustrant » (Tapia, 2009). Intéressant, considérant le fait que la théorie freudienne fait souvent référence aux pulsions sexuelles et agressives comme principaux leviers de l’action humaine. Nous utiliserions donc le sarcasme, entre autres, comme moyen de relâcher la tension intérieure accumulée par des frustrations sexuelles et agressives. J’en connais plusieurs selon qui cet argument aurait bien du sens… 

Sur une note plus positive, je crois que le sarcasme est un moyen assez ludique et facile d’accès pour se débarrasser, ou pour contrôler du moins, nos bêtes noires intérieures, mais aussi pour « dealer » avec les aspects un peu moins roses du quotidien. Selon mon expérience, c’est assez rafraîchissant et libérateur que de répondre sarcastiquement à quelqu’un.e qui m’embête ou à un.e client.e irrespectueux.euse (hommage à mes années de service à la clientèle). 

Je vous encourage fortement à saupoudrer un peu de sarcasme çà et là lors de vos interactions, avec les autres ou encore avec vous-mêmes. J’ai confiance que cela vous aidera à dédramatiser plusieurs situations enquiquinantes. En bonus, vous vous ferez sûrement de nouvelles.aux ami.e.s grâce à votre humour raffiné et à vos répliques tranchantes. Après tout, la vie est déjà assez dure, autant la prendre avec un grain de sel et y mettre votre sauce  – pas trop salée par contre ! 

Texte révisé par Alexane Dussault

Références :

Borodinova, V. (2021, 8 septembre). Fleurs pansées sur main [image en ligne]. Pixabay. https://pixabay.com/fr/photos/art-main-fleurs-romance-amour-6606090/

Tapia, C. (2009). L’humour et les sciences humaines. Le Journal des psychologues, 269(6), 20‑20.

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