Les familles enchevêtrées – Par Eugénie Adlhoch-Mathé

Une famille proche et liée est généralement une chose positive. Les membres de la famille se sentent soutenu.e.s, épaulé.e.s et aimé.e.s. Cette cohésion est bénéfique, mais pas en excès. Parfois, les liens familiaux sont tissés si serrés qu’ils s’entrelacent. Les membres de la famille se retrouvent ficelé.e.s les un.e.s aux autres; leurs objectifs, émotions et pensées s’imbriquent dans un amalgame confondu. On parle ici de relations enchevêtrées.  

Michel Delage (2007) applique la théorie de l’attachement au système familial, et présente quatre types de systèmes familiaux. D’abord, les familles flexibles: ces familles présentent un style relationnel sécure, confiant, collaboratif et cohérent. Puis, les familles désengagées, qui démontrent un style relationnel insécure, évitant, insatisfaisant et peu affectueux. Ensuite, les familles chaotiques, qui oscillent entre différents styles relationnels de façon désorganisée.  Finalement, les familles intriquées ou enchevêtrées. Ces dernières sont des familles dysfonctionnelles et déséquilibrées, caractérisées par un style d’attachement insécure, anxieux, ambivalent et préoccupé. Les membres de cette famille ont besoin des autres pour se sécuriser, se sentir en confiance et s’apaiser (Delage, 2007). 

Une famille enchevêtrée a des limites perméables, brouillées et inexistantes (Adcox, 2021). C’est une famille si serrée, si tressée, que les membres se juxtaposent et s’entremêlent dans leurs pensées, émotions et motivations. Au sein de cette dynamique familiale, il devient difficile pour chacun.e de développer son autonomie et son indépendance et de réguler ses propres émotions (Adcox, 2021). Souvent, cet enchevêtrement s’enracine dans un traumatisme (par exemple, un parent alcoolique ou un enfant malade), et donc les membres de la famille sont uni.e.s par des émotions et systèmes négatifs (Lewis, 2020). Ces liens interdépendants servent en partie à réguler et exprimer des émotions débordantes (Delage, 2007). 

Chaque famille enchevêtrée comporte des mécanismes différents, mais nous pouvons éclaircir certaines dynamiques fréquentes. Un parent dans une famille enchevêtrée a tendance à vivre les expériences de son enfant par procuration (Adcox, 2021), à s’appuyer sur son enfant de manière exagérée, et à dépendre de son enfant pour s’accomplir et se valoriser (Lewis, 2020). Un enfant d’une famille enchevêtrée est encouragé.e à rester dans le système familial et à se plier aux attentes de ses parents (Adcox, 2021). L’enfant peut aussi ressentir qu’il.elle est responsable du bien-être de ses parents, est en charge de régler leurs problèmes, ou se doit d’être leur meilleur.e ami.e, créant ainsi un niveau de parentalité (Adcox, 2021). L’enfant peut ressentir une culpabilité profonde associée à faire ses propres choix, développer son identité personnelle et son individualité et poser des limites claires (Adcox, 2021). 

Les membres d’une famille enchevêtrée peuvent aussi avoir l’impression de ne pas savoir où leurs émotions et pensées finissent, et où celles des autres membres commencent (Adcox, 2021). Les émotions bougent dans ce système de façon perméable; elles traversent les murs, les portes, les corps et les esprits. Elles se déplacent fluidement pour affecter chaque membre de la famille, se faufilant sous les portes, s’infiltrant par les fissures des fenêtres et rôdant dans les couloirs. Les membres peuvent ressentir les émotions des autres comme si c’était les leurs et se sentir contrôlé.e.s par cette entité familiale (Adcox, 2021). Ils.elles ont de la difficulté à distinguer et démêler leurs propres émotions des émotions de leurs proches. Si le système familial est heureux, alors la joie le manie, et si la tristesse se glisse dans le système, il devient demandant d’y échapper. 

Il est difficile de se détacher ou de se désengager d’une famille enchevêtrée (Adcox, 2021). Pour arriver à trouver un équilibre, il faut d’abord apprendre à poser des limites claires et à régler ses conflits de manière assertive (Lewis, 2020). Trouver de l’aide reste le meilleur moyen de détacher, démêler et dénouer ces liens. 

Texte révisé par Fatima-Zahra Rahmouni

Références

Adcox, S. (2021). Why Enmeshed Families Are Too Close. VeryWell Family. https://www.verywellfamily.com/can-a-family-be-too-close-1695789#:~:text=Effects%20of%20Enmeshment&text=People%20who%20grow%20up%20in,reluctant%20to%20try%20new%20things.

Delage, M. (2007). Attachement et systèmes familiaux: aspects conceptuels et conséquences thérapeutiques. Thérapie familiale, (28), 391-414. https://doi.org/10.3917/tf.074.0391.  

Lewis, R. (2020). What is an Enmeshed Family? Healthline. https://www.healthline.com/health/enmeshed-family.


Ovsyannykov, I. (2018, 24 août). Contexte bleu [image en ligne]. Pixabay. https://pixabay.com/fr/photos/contexte-bleu-fermer-artisanat-3628553/

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