La réalité de certaines unités de centre jeunesse à la DPJ – Par Anonyme

Lors des quelques mois durant lesquels j’ai travaillé en centre jeunesse, j’ai vu toutes sortes d’intervenant.e.s. Certain.e.s, passionné.e.s par leur travail, possédant un bon esprit critique, voulant le meilleur pour le développement de leurs jeunes. J’ai également côtoyé des intervenant.e.s obnubilé.e.s par l’autorité, ayant soif de préserver le contrôle toxique qu’iels avaient sur la clientèle. Ces dernier.ière.s semblaient perdu.e.s depuis longtemps dans les règles de leur unité, incapables de faire autre chose que d’appliquer leur protocole.

Une discipline un peu vieillotte

Ce qui m’a probablement le plus frappé, c’est le manque de pertinence de certaines interventions pour créer un lien de causalité entre un mauvais comportement et une punition. Étant des prétendu.e.s adeptes de Skinner, certaines unités basent tous leurs moyens sur les retraits. Quand un.e enfant parle mal à un adulte, 15 minutes de retrait. Quand iel oublie involontairement de faire son lavage, un autre retrait. Malgré mes nombreux questionnements pacifistes adressés aux éducateur.trice.s des unités concernées, je n’ai pas reçu de réponse satisfaisante quant à la raison pour laquelle ces moyens étaient toujours utilisés ?

Des attentes beaucoup trop hautes

J’ai l’impression que parfois, certain.e.s éducateur.trice.s attendaient beaucoup d’un.e enfant de dix, onze ou douze ans, dont le développement socioaffectif était peut-être évalué à trois ou quatre ans en raison de la négligence et des abus vécus. J’ai été surprise de voir un.e enfant ressortir d’une rencontre avec un plan d’intervention comportant une nouvelle routine matinale sur vingt étapes. Il est tout à fait normal de vouloir « pousser » en quelque sorte le développement de l’enfant, de l’aider à progresser relationnellement, de vouloir qu’iel soit apte à effectuer rapidement certaines tâches ménagères. J’avais envie de leur demander s’iels appliquaient cette discipline plutôt stricte avec leurs propres enfants à la maison ?

Le manque de chaleur

Cet aspect est très mitigé. Une quasi-totalité des intervenant.e.s que j’ai vu démontraient de l’affection aux jeunes des unités, mais j’ai eu de la difficulté à comprendre l’attitude des autres. J’ai observé beaucoup de rudesse, beaucoup d’absence d’empathie face à certaines situations vécues par les jeunes. Parfois, j’ai vu de l’incompréhension chez ces jeunes, n’arrivant pas à comprendre s’iels ont fait quelque chose de mal : « comment se fait-il que mon intervenant.e soit si froid.e avec moi ? » elleux qui n’avaient pourtant pas dérogé des exigences habituelles.

Une infinité de règles

J’ai passé quelques mois dans une unité en particulier. J’ai eu beaucoup de difficulté à m’adapter et à intervenir, notamment à cause de la bonne centaine de règles établies. Pour chaque moment de vie, pour chaque petite chose dans la routine, il n’en découlait pas moins de quatre ou cinq règles supplémentaires, de variantes applicables selon les différents jours. Selon la journée de la semaine, les jeunes ont le droit de manger des choses différentes le matin. Iels n’ont droit qu’à un verre de lait, mais ça change selon telle condition qui m’échappe désormais. S’iels y dérogent volontairement, iels iront en retrait, génial. Pour chaque jour du mois, iels ont des places différentes au salon. Et encore pour chaque journée du mois, un.e jeune a le droit de choisir l’émission regardée. Mais la personne change s’il y a des absent.e.s, ça dépend de plusieurs facteurs. Vous voyez un peu le bordel et la chicane qui arrive déjà.

En conclusion

Cet article ne dépeint qu’une minorité des observations qui ont été faites dans le cadre de cet emploi. Elles ne sont pas représentatives de la globalité de ce que j’ai observé, de tous les intervenant.e.s chaleureux.ses, impliqué.e.s et compétent.e.s que j’ai eu la chance de côtoyer. Malgré certaines expériences négatives, mon passage à la Direction de la Protection de la Jeunesse m’a fait évoluer sur plusieurs points, et je suis reconnaissante envers les personnes qui m’ont soutenue au cours de ce dernier.

Texte révisé par Angélique Légaré

Références

Raphealny. (2017, 27 mars). Afrique Enfant [image en ligne]. Pixabay. https://pixabay.com/fr/photos/afrique-enfant-enfants-gens-jeune-2179608/

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