Surmonter ma surconformité – Par Anonyme

J’étais l’enfant parfaite. Vous vous en êtes assuré.e.s. 

J’étais obéissante, jusqu’à ce que je fasse une erreur : un oubli durant une présentation et je fondais en larmes; une erreur insignifiante et je me retrouvais paralysée; une question dont j’ignorais la réponse et j’étais incapable de produire un son. 

J’ai appris à prendre plaisir à suivre les règles inculquées. Sans elles, je ne savais plus naviguer dans ce monde. J’ai trouvé du confort dans cette rigidité implacable, à me baigner dans la honte et les remords, à me faire souffrir incessamment, puis faire la martyre. Parallèlement, la pression m’asphyxiait lentement et exister m’était pénible, car la perfection, ce mythe avec lequel vous m’avez bourré le crâne, est inatteignable. 

Je ne sais pas quoi vous répondre lorsque vous dites que vous êtes fier.ère.s de moi, puisque cela ne veut rien dire; ma petite voix critique que vous avez aidé à façonner me trouve inadéquate. Je ne sais pas quoi vous répondre lorsque vous me demandez pourquoi je suis anxieuse. Je ne veux pas vous blâmer, ce n’est pas de votre faute ni de la mienne, car vous avez fait de votre mieux, je le sais. Je vous suis reconnaissante, vraiment. Et je ressens le besoin inexplicable de vous dire que je suis désolée de ne pas être à la hauteur, même si vos standards étaient irréalistes. Je vous assure que j’ai essayé.  

Les années ont passé, parsemées de quelques rendez-vous psychologiques et d’une couple de crises d’anxiété ici et là, et nos relations se sont améliorées. Pour une fois, on s’est parlé et j’ai pu identifier des cercles vicieux, des cycles qui se répétaient à travers les générations.  Il s’avère qu’il est vrai que les gens blessés blessent les autres, qui l’aurait cru.

Un petit déclic s’est fait dans mon cœur cet été et je me suis libérée de ma honte. J’ai réalisé que j’avais pratiquement passé un quart de ma vie à me sentir inférieure et j’ai soudainement ressenti la nécessité de vivre ma vie plutôt que de seulement exister. Je ne connais pas la raison de ce déclic. Les mots de mes influenceur.euse.s préféré.e.s m’ont-ils finalement pénétré l’esprit? Être entourée par l’amour inconditionnel d’étranger.ères à un concert m’a-t-il guéri? Ou est-ce parce que j’allais bientôt à l’université, où j’aurais la possibilité de recommencer, loin de vous.  

C’est du travail constant, se défaire des croyances que l’on prenait pour des vérités, ignorer son discours interne toxique, prendre la décision consciente de ne pas s’autoflageller à la première occasion. J’espère un jour ne plus avoir de débat interne chaque fois que je m’achète quelque chose ou que je prends une pause, mais en attendant… Je vais faire de mon mieux?

Texte révisé par Eugénie Adlhoch-Mathé

Référence

Hartmann, L. (s. d.). Calmness Forest Desktop Wallpaper [image en ligne]. Pexels.https://www.canva.com/design/DAFQvObzMxQ/TNhgJ8etuhuviY6ExqJebQ/edit

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