Jeffrey Dahmer : portrait et analyse d’un tueur en série – Par Jérémy Bigras

TW: Mention de meurtres et d’agressions sexuelles

957, c’est le nombre d’années que Jeffrey Dahmer était appelé à purger (Jeffrey Dahmer, le cannibale de Milwaukee, 2021)

17, c’est le nombre de jeunes hommes qu’il a drogués, violés et démembrés, puis mangés dans certains cas (Jeffrey Dahmer, 2002).  

Récemment, j’ai écouté avec ma sœur la série intitulée Monstre, l’histoire de Jeffrey Dahmer. A posteriori, je confirme que c’était une bonne et une mauvaise idée. D’abord, les biographies des tueur.euse.s en série fascinent la société pour plusieurs raisons, que ce soit par identification inavouée, par simple adulation ou encore par désir de comprendre les motivations du sujet (Renac, 2021). Mais la plupart du temps, il ne s’agit, selon moi, que d’une curiosité malsaine. La même qui nous pousse à ralentir et à chercher du regard une éventuelle victime étendue sur la route après un accident. Bref, il est bien établi que les auteur.e.s des crimes les plus sordides sont devenu.e.s célèbres, au détriment de leurs victimes (Renac, 2021). Cependant, il faut aussi savoir que cette série en est une qui laisse un profond malaise intérieur une fois commencée. Au fil des épisodes, on découvre un homme profondément perturbé et, pour le moins, étrange. On finit le visionnement sans vraiment avoir de réponse à la question qui nous tenaille, à savoir : mais pourquoi ? Dans une tentative d’y répondre, je regrouperai différentes analyses du comportement de ce criminel notoire.  Mais d’abord, allons-y avec un résumé de ce qui l’a mené en prison. 

Jeffrey Dahmer naît en 1960, à Milwaukee, aux États-Unis (Jeffrey Dahmer, 2002). Il vit dans une famille sans histoire (qui aurait préféré rester sans histoire). Dahmer est considéré comme un enfant timide, surtout après l’intimidation qu’il subit à la suite d’une intervention chirurgicale importante à quatre ans. Ses parents se disputent souvent, en partie parce que sa mère jongle avec des troubles dépressifs et que son père est souvent absent. Celleux-ci divorcent finalement en 1977.  Sa mère et son frère cadet quittent la maison familiale (Jeffrey Dahmer, le cannibale de Milwaukee, 2021). Dahmer se découvre une passion pour les animaux morts et, accompagné par son père, les recueille en bordure des routes pour les disséquer et conserver leurs os (Jeffrey Dahmer, 2002). À l’adolescence, il prend conscience de son homosexualité, mais se résigne à garder cette information pour lui seul. À 16 ans, Jeffrey Dahmer est déjà aux prises avec un problème d’alcool et un comportement antisocial.  

En 1978, il commet son premier meurtre, un auto-stoppeur qu’il assomme avec un haltère, avant de se masturber au-dessus de la dépouille. S’en suivent alors neuf années pendant lesquelles ses pulsions meurtrières sont contrôlées… Mentionnons toutefois qu’il viole deux soldats lors de ses années de service dans l’Armée américaine, qu’il est arrêté pour exhibitionnisme deux fois après s’être masturbé dans une foule et qu’il est renvoyé d’un bain public pour avoir drogué un autre homme (Jeffrey Dahmer, 2002). À la suite de ces crimes, il est condamné à une année de liberté surveillée et doit être suivi par un.e thérapeute. Seulement six jours après la fin de cette période, Dahmer se réveille dans une chambre d’hôtel, aux côtés du cadavre de sa deuxième victime. Il démembre le corps, avant de le sortir dans une valise et de le jeter aux ordures. Il tue ensuite deux autres hommes et se débarrasse des dépouilles en les plongeant dans l’acide. Il viole aussi un adolescent qui réussit à s’échapper. Une plainte est ajoutée au casier de Dahmer. Un procès s’enclenche et, dans l’attente de la décision du juge, Dahmer étrangle sa cinquième victime et conserve ses parties génitales. Par suite du verdict final, il fait 10 mois de semi-liberté et n’attend que deux semaines après sa sortie pour avoir des relations sexuelles nécrophiles avec sa sixième victime. Il récidive un mois plus tard et tue froidement un septième homme (Jeffrey Dahmer, 2002). Dahmer viole un autre adolescent de 15 ans qui réussit à s’échapper, ce qui lui vaut encore une plainte à son dossier. Il n’y aura, fort malheureusement, aucune suite à cette plainte… Deux mois plus tard, il tranche la gorge de sa huitième victime. S’en suivent alors quatre meurtres ayant pratiquement le même modus operandi, soit de droguer l’homme avant de le tuer et de le démembrer en prenant plusieurs photos. Le 26 mai 1991, Jeffrey Dahmer drogue un enfant de 14 ans et l’agresse sexuellement avant de lui percer un trou dans le crâne et d’y injecter de l’acide chlorhydrique, lui faisant ainsi perdre conscience. La jeune victime reprend faiblement connaissance et s’enfuit. Les policier.ère.s sont alerté.e.s par une voisine, mais laissent Dahmer repartir avec l’enfant… Il tue ultérieurement pour une quatorzième fois et conserve la tête et les organes internes dans son réfrigérateur. Même chose pour le suivant, à la différence toutefois que son crâne fut percé afin d’y verser de l’eau bouillante, l’amenant ainsi dans un état comateux pour deux jours. Ensuite, Dahmer a de nouveau un rapport nécrophile avec un seizième homme. Finalement, il étrangle sa dernière victime, puis dort deux nuits avec le cadavre. Il est arrêté trois jours plus tard, juste après avoir tenté de tuer une autre personne ayant réussi à fuir (Jeffrey Dahmer, 2002). 

Maintenant, j’espère que vous saisissez l’ampleur et la froideur des atrocités commises par Dahmer. J’imagine que, tout comme moi, vous vous demandez pourquoi avoir fait ça. Voici donc quelques pistes qui pourraient expliquer en partie les agissements sanglants du cannibale de Milwaukee, sans les justifier pour autant. Sachez que je n’ai aucune prétention d’interpréter les signes psychologiques de Dahmer, mon but étant plutôt de vous informer de ce qui est avancé par certain.e.s analystes afin de vous permettre d’entamer votre propre réflexion. 

D’abord, certain.e.s disent que le jeune Jeffrey a été victime de négligence parentale. Ce manque d’affection serait possiblement à la base de ses comportements infantiles étranges, tels que son intérêt pour les animaux morts (Jeffrey Dahmer, le cannibale de Milwaukee, 2021). Ensuite, quelques mordu.e.s de psychanalyse avancent l’idée que Dahmer avait un besoin pathologique de contrôle sur l’autre. Cette pulsion ne pouvant être satisfaite dans une relation saine, il droguait donc les hommes afin d’exercer son pouvoir (Bagoe, 2022). Dahmer rapporte notamment avoir injecté de l’eau bouillante et de l’acide dans le crâne de ses victimes dans le but d’en faire des zombies (Jeffrey Dahmer, 2002). De plus, trois psychologues, ayant évalué le criminel lors d’un des procès pour agressions sexuelles, avaient conclu qu’il était manipulateur, évasif et résistait au changement. Ces professionnel.le.s avaient recommandé son hospitalisation immédiate… Dommage que leur suggestion n’ait pas été prise davantage en considération (Jeffrey Dahmer, 2002).  Aussi, plusieurs croient que ses actes criminels prennent racine dans ses fantasmes sexuels puissants. Le fait qu’il n’ait pas eu l’opportunité de parler ouvertement de sa sexualité pourrait avoir conduit au développement de sa relation pathologique avec le sexe. N’ayant aucune personne à qui en parler, il se réfugiait dans ses fantasmes obscurs, lesquels prenaient une place de plus en plus importante dans sa vie (Jeffrey Dahmer, 2002). Certain.e.s analystes comportementaux, après avoir visionné des séances d’interrogatoire, en sont venu.e.s à la conclusion que Dahmer était très impulsif et qu’il avait de la difficulté à se contrôler. Ces mêmes spécialistes mettent aussi en lumière son détachement émotionnel, sa sexualité immature et perverse, sa solitude ainsi que sa grande peur du rejet (Bagoe, 2022).  Bref, comme il fallait s’y attendre, la réponse à notre précédent questionnement est multifactorielle et varie grandement en fonction de la personne qui interprète les faits et gestes du meurtrier. 

Pour plus d’information sur les victimes ou pour alimenter vos réflexions, je vous conseille de visionner la série Monstre, l’histoire de Jeffrey Dahmer, sur Netflix, ou encore de jeter un coup d’œil dans les références ci-bas. 

Texte révisé par Nevena Popova

Références

Bagoe, F. (2022, 19 août). Jeffrey Dahmer : la recherche pathologique de contrôle. DS2C http://www.ds2c.fr/blog/jeffrey-dahmer-la-recherche-pathologique-de-controle.html 

Cocoparisienne. (2014). Poussette tombe [image en ligne]. Pixabay. https://pixabay.com/fr/photos/poussette-tombe-brouillard-homme-486583/ 

Jeffrey Dahmer. (2002, 7 septembre). Tueurs en série.org. https://www.tueursenserie.org/jeffrey-dahmer/ 

Jeffrey Dahmer, le cannibale de Milwaukee. (2021, 22 septembre). Psycho-criminologie. https://www.psycho-criminologie.com/2019/07/jeffrey-dahmer-le-cannibal-de-milwaukee.html 

Renac, A. (2021, 2 octobre). Pourquoi les tueurs en série nous fascinent-ils tant?. L’éclaireur. https://leclaireur.fnac.com/article/33744-pourquoi-les-tueurs-en-serie-nous-fascinent-ils-tant/ 

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