Les troubles bipolaires – Par Fatima-Zahra Rahmouni

Les personnes aux prises avec des troubles mentaux doivent faire face, au quotidien, à des défis et des obstacles dont, entre autres, la stigmatisation. En effet, autour de chaque trouble mental, on retrouve divers préjugés qui vont mener les gens à adopter à l’égard des individu.e.s souffrant de ces troubles certains comportements, tels que le rejet ou l’évitement. De tels comportements peuvent mener les personnes qui les subissent à se sentir isolé.e.s, mis.e.s à l’écart et pourraient éventuellement les dissuader d’aller chercher de l’aide ou même les amener à s’éloigner de leurs proches. Par exemple, en ce qui concerne les troubles bipolaires, on étiquette souvent les individu.e.s qui en  souffrent comme étant  manipulateurs, dangereux et non fiables, malgré le fait qu’on ne retrouve nulle part ces traits comme étant des symptômes clés de ce trouble. C’est pour cette raison qu’il est très important de sensibiliser la population générale pour démystifier le mystère qui plane autour de plusieurs maladies mentales, tels que les troubles bipolaires.  

Le trouble bipolaire est en effet un trouble de l’humeur récurrent au sein duquel on observe une augmentation temporaire des activités et de l’énergie, ainsi qu’une alternance au niveau de l’humeur et de ses phases d’expansion ; on parle alors de manie ou d’hypomanie. On observe également une baisse au niveau de l’humeur, qui plonge l’individu dans un état dépressif. Cet état se voit interrompu par des intervalles libres qui peuvent être plus longs ou moins longs (Willard, 2014).

« Le mot « bipolaire » renvoie quant à lui au fait que les symptômes du trouble peuvent être regroupés en deux « pôles » » (Bindler et Andlauer, 2014, p. 9).

Dans le trouble bipolaire, on retrouve une classification des symptômes en deux catégories. La première inclut les symptômes de nature dépressive et la deuxième catégorie inclut les symptômes de nature maniaque (hyperactivité et euphorie). Comme mentionné plus tôt, chez les individu.e.s souffrant de ce trouble, il y a, entre les phases maniaques et dépressives, une alternance. C’est dans ce phénomène d’alternance que le terme « bipolaire » puise son origine. Dans certaines situations, les deux pôles (maniaques et dépressifs) peuvent se superposer, créant ainsi ce qu’on appelle un épisode mixte (Bindler et Andlauer, 2014, p. 9).

Un.e individu.e pourrait souffrir d’un  trouble bipolaire au cours de sa vie pour diverses raisons. En effet, plusieurs facteurs auraient un rôle à jouer dans le développement de cette maladie. Ces facteurs, jouant le rôle d’éléments déclencheurs, peuvent être de nature environnementale, génétique ou psychologique. En ce qui concerne les facteurs de type psychologique, on y retrouve 3 éléments qui favoriseraient le développement des troubles bipolaires. En effet, selon le psychiatre Raphaël Giachetti (2010), il s’agit de l’hyperréactivité émotionnelle, une exposition précoce et répétée à des facteurs environnementaux de nature stressante ainsi qu’une sensibilité plus grande que la moyenne aux éléments à caractères stressants.

Les troubles bipolaires peuvent également apparaître, se développer, évoluer et s’intensifier à cause de plusieurs conditions sociales dans lesquelles un.e individu.e évolue. En effet, après une revue des études menées sur des patient.e.s souffrant.e.s de troubles bipolaires ainsi que leurs familles, dans l’optique de définir le rôle que joue le climat familial dans le développement de cette pathologie, il a été démontré que les familles desquelles sont issu.e.s les individu.e.s souffrant de troubles bipolaires sont caractérisées par un taux de cohésion et d’expression bas (Richa et al., 2009). 

Comme l’indique Marc Masson (2018), une corrélation existe entre les abus émotionnels subis pendant l’enfance ainsi que le développement d’un trouble bipolaire à l’âge adulte. Ces abus de nature émotionnelle peuvent prendre diverses formes, telles que les agressions verbales, les comportements menaçants ou avilissants envers l’enfant.e ainsi que les humiliations. Les enfant.e.s possédant des antécédents familiaux violents et qui ont souffert de traumatismes affectifs seraient plus à risque de développer un trouble bipolaire. En effet, on peut voir l’apparition, chez ce type d’individu.e.s, des symptômes de nature comportementale, telle qu’une hyperactivité ou une impulsivité. Les symptômes peuvent également être de nature cognitive (déficit de la concentration et de l’attention, par exemple). En plus de présenter ces symptômes, les individu.e.s à risque de développer un trouble bipolaire pourraient avoir divers troubles concomitants (par exemple, de sommeil) ainsi qu’une surconsommation de substances toxiques. L’histoire affective qu’on se construit durant l’enfance et l’adolescence a un rôle déterminant à jouer dans l’affaiblissement ainsi que la fragilisation de notre réseau d’émotions (Masson, 2018).

Les troubles bipolaires affectent plusieurs phases et aspects de l’individu.e dont, entre autres, son estime de soi. En effet, c’est durant la phase de dépression dite majeure qu’on assiste à, tout dépendamment des cas, une perte ou une diminution de la confiance en soi. En effet, l’individu.e qui souffre d’un trouble bipolaire développe une image négative de soi. On assiste également à un ressassement d’idées à caractère dévalorisant et négatif (Guichard, 2014).

« Ces pensées négatives sont répétitives, prenant l’allure de ruminations, dont le sujet ne peut se débarrasser, comme s’il s’agissait d’idées obsédantes. » (Guichard, 2014, p.36)

Chez les individu.e.s souffrant d’un trouble bipolaire, on retrouve celleux qui sont dur.e.s envers elleux-mêmes. En effet, ces gens possèdent un standard assez haut d’exigences dans la vie, à tel point qu’iel leur est impossible de réaliser leurs objectifs. C’est ce qui les amène à développer un sentiment de dévalorisation à leur propre égard, ces personnes étant persuadées qu’iels ne servent à rien et que leur existence dans ce monde n’a aucun sens (Jeunieaux, 2008). 

« Les personnes souffrant de ce symptôme se considèrent comme sans utilité, nul[le]s, non aimables et, même avec les encouragements des autres, leur état d’esprit reste identique. » (Jeunieaux, 2008, p. 9)

Chez les individu.e.s qui souffrent de ce trouble, on retrouve des  déformations perceptuelles en ce qui a trait à la vision qu’iels ont du monde et de leur rôle dans le mécanisme de la vie. En effet, pour ces gens, la vie n’a aucun sens; iels se considèrent comme des individu.e.s sans importance et superflu.e.s. Puis petit à petit, l’idée de rester sur cette terre pourrait leur apparaître comme étant insupportable, c’est à partir de ce moment que l’idée de se faire du mal et de s’enlever la vie pourrait commencer à faire surface chez certain.e.s (Guichard, 2014).

La phase de dépression majeure qui est caractérisée par une baisse de l’estime de soi se trouve à être le berceau des idées suicidaires. En effet, on y voit l’apparition d’idées récurrentes de suicide et de pensées de mort, ces cognitions peuvent mener au passage à l’acte, ce qui se traduit par des tentatives de suicide (Guichard, 2014). 

Durant la phase dépressive, les individu.e.s passent par de nombreux états d’âme. En effet, iels développent divers sentiments, tels que celui de perte et de rejet en ce qui concerne les gens qui leur sont proches. De plus, durant cette phase, les individu.e.s tendent à être plus sévères envers elleux-mêmes et auraient plus tendance à se punir et à se culpabiliser pour  les mauvaises choses qui se sont déroulées dans leur passé (Bexton, 2016). 

Il y a également, durant la phase de dépression majeure, l’apparition de pensées qui sont négatives. Ces idées véhiculent chez les individu.e.s souffrant.e.s de trouble bipolaire la certitude d’être  mauvais.e, que le monde qui est autour d’elleux est également mauvais et que jamais les choses ne s’amélioreront. Iels seraient persuadé.e.s qu’il n’y a aucune issue, que la vie est dénuée d’espoir et de valeur et que personne ne pourra jamais les aider (Bexton, 2016). 

Comme constaté, le trouble bipolaire affecte la vie de l’individu.e qui en souffre de plusieurs manières. En plus de toucher l’individu.e en question, ce trouble va également avoir des répercussions sur l’entourage de la personne qui en souffre,  ainsi que sa relation avec elleux. Il serait donc très important que l’entourage du.dela patient.e soit bien  renseigné  sur cette maladie et qu’iel ait les bons outils en main. De cette manière, ça évitera à l’entourage de se sentir impuissant face à la souffrance de leur proche et ça évitera également au proche de se sentir comme un fardeau pour sa famille. 

Texte révisé par Victoria Xu

Références

Andlauer, O. et, Bindler, L. (2012). Le trouble bipolaire : 100 questions/réponses. Ellipses.

Baddoura, C., Millet, B., Mirabel-Sarron, C., Richa, N., Richa, S et Salloum, S. (2009). Les facteurs                                           de risque familiaux influençant le cours et l’évolution du trouble bipolaire : revue de la littérature. Journal de thérapie comportementale et cognitive, 19(4), 141-145. https://doi.org/10.1016/j.jtcc.2009.10.004 

Bexton, B. (2016). Le trouble bipolaire. Revivre. https://medfam.umontreal.ca/wp-content/uploads/sites/16/Le-trouble-bipolaire-Revivre.pdf 

Giachetti, R. (2017). La maladie bipolaire expliquée aux souffrants et aux proches. Odile Jacob.

Guichard, J-P. (2014). Vivre et comprendre les troubles bipolaires. Ellipses.

Jeunieaux, L. (2008). Le trouble bipolaire : Le connaître pour mieux le reconnaître. Espace-       socrate.com https://www.yumpu.com/fr/document/view/16754356/le-trouble-bipolaire-le-connaitre-pour-mieux-le-espace-socrate

Masson, M. (2018). Les troubles bipolaires. Que sais-je ?

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