Les psychopathologies à l’ère des réseaux sociaux – Par Laetitia Roux-Castonguay

Au cours des dernières années, le développement des réseaux sociaux a créé un espace inédit où une grande diversité de contenus est proposée. Ces plateformes ouvrent la discussion à propos de sujets autrefois, et encore aujourd’hui, considérés comme tabous. Parmi ceux-ci, les enjeux liés à la santé mentale occupent une place importante dans les discussions sur les réseaux sociaux. Cette visibilité apporte plusieurs avantages, particulièrement au niveau de la sensibilisation et de la déstigmatisation des enjeux liés à la santé mentale. Or, elle s’accompagne également de certains risques, notamment la banalisation de certaines pathologies psychologiques et la diffusion de désinformation. La ligne entre ces avantages et ces risques peut être fine, alors il est pertinent de s’y attarder.

Sensibilisation et déstigmatisation de la santé mentale

Historiquement, le sujet de la santé mentale a longtemps été associé au tabou et à la honte. Selon Schomerus et al. (2018), la stigmatisation entourant la santé mentale et les psychopathologies constitue un obstacle important à la demande d’aide chez les personnes concernées. Selon Betton et al. (2018), les réseaux sociaux contribuent à réduire la stigmatisation et la discrimination entourant la santé mentale. En effet, l’accroissement du nombre de témoignages personnels et des campagnes de sensibilisation en ligne favorisent une plus grande ouverture à ce sujet. De plus, une méta-analyse a montré que les interventions visant à la réduction de la stigmatisation à propos de la santé mentale amélioraient les attitudes des jeunes touchés envers la recherche d’aide et avaient un effet significatif sur l’intention de recherche d’aide (Crockett et al., 2025). Ainsi, en permettant aux utilisateur.trice.s de partager leurs expériences personnelles en lien avec la santé mentale, les réseaux sociaux jouent un rôle important dans l’évolution des normes sociales entourant les enjeux de santé mentale.

Banalisation et autodiagnostic

Cette visibilité importante comporte toutefois certains risques. Une tendance préoccupante est la banalisation de certaines psychopathologies. En effet, les publications qui visent à expliquer des psychopathologies complexes sont parfois excessivement simplifiées et, pour un public non spécialisé, cela peut conduire à une compréhension incomplète, voire erronée des troubles de santé mentale (Harbor Mental Health, 2025). Selon Ndour et Foulkes (2025), les contenus proposés sur les réseaux sociaux comme TikTok peuvent amener à de la confusion, à la suridentification à certains symptômes, et même à la banalisation ou la romantisation de conditions psychologiques sérieuses. Cette compréhension partielle de contenus décrivant les symptômes psychologiques d’un trouble de santé mentale peut, dans certains cas, amener quelqu’un à s’autodiagnostiquer (Harbor Mental Health, 2025). L’autodiagnostic peut devenir problématique si celui-ci remplace une évaluation clinique professionnelle basée sur les critères diagnostiques du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5-TR) de l’Association américaine de psychiatrie (Harbor Mental Health, 2025). Huddon et al. (2025) affirment dans leur étude que les réseaux sociaux favorisent la circulation rapide d’informations n’étant pas scientifiquement exactes. Cela peut amplifier le phénomène de la désinformation en matière de santé mentale. En effet, certains individus s’autoproclament « experts » sans posséder les qualifications nécessaires et diffusent du contenu pseudoscientifique. Cela peut amplifier la désinformation en ligne et engendrer des conséquences négatives sur les utilisateur.trice.s de réseaux sociaux.

Utilisation saine des réseaux sociaux

Les réseaux sociaux constituent à la fois un espace d’ouverture à la discussion, un outil accessible de sensibilisation et de déstigmatisation, mais également un endroit propice à la banalisation et à la désinformation. Il est donc essentiel de développer un esprit critique face aux contenus consommés sur ces plateformes. Harbor Mental Health (2025) suggère d’utiliser les réseaux sociaux comme une source d’exploration, plutôt que comme un outil de diagnostic, de privilégier les contenus proposés par des professionnel.le.s, de garder un regard critique envers les contenus consultés et de limiter, dans la mesure du possible, le temps passé sur les réseaux sociaux. Enfin, en cas de difficultés, il est essentiel de consulter un.e professionnel.le de la santé qualifié.

Texte révisé par Laurie Lehoux.

Références :

Betton, V., Borschmann, R., Docherty, M., Coleman, S., Brown, M. et Henderson, C. (2015). The role of social media in reducing stigma and discrimination. The British Journal of Psychiatry, 206(6), 443 444. https://doi.org/10.1192/bjp.bp.114.152835

Crockett, M. A., Núñez, D., Martínez, P., Borghero, F., Campos, S., Langer, Á. I., Carrasco, J. et Martínez, V. (2025). Interventions to Reduce Mental Health Stigma in Young People: A Systematic Review and Meta-Analysis. JAMA Network Open, 8(1), e2454730. https://doi.org/10.1001/jamanetworkopen.2024.54730

Harbor Mental Health. (2025, juillet 1). Mental Health and Social Media: How TikTok and Instagram Are Shaping Self-Diagnosis Culture. Harbor Psychiatry & Mental Health. https://harbormentalhealth.com/2025/07/01/mental-health-and-social-media-self-diagnosis

Hudon, A., Perry, K., Plate, A., Doucet, A., Ducharme, L., Djona, O., Aguirre, C. T. et Evoy, G. (2025). Navigating the Maze of Social Media Disinformation on Psychiatric Illness and Charting Paths to Reliable Information for Mental Health Professionals: Observational Study of TikTok Videos. Journal of Medical Internet Research, 27, e64225. https://doi.org/10.2196/64225

Ndour, A. et Foulkes, L. (2025). The romanticisation of mental health problems in adolescents and its implications: a narrative review. European Child & Adolescent Psychiatry, 34(8), 2297 2326. https://doi.org/10.1007/s00787-025-02701-0

Schomerus, G., Stolzenburg, S., Freitag, S., Speerforck, S., Janowitz, D., Evans-Lacko, S., Muehlan, H. et Schmidt, S. (2018). Stigma as a barrier to recognizing personal mental illness and seeking help: a prospective study among untreated persons with mental illness. European Archives of Psychiatry and Clinical Neuroscience, 269(4), 469 479. https://doi.org/10.1007/s00406-018-0896-0

Image : Ambiance, Santé mentale, Dépression. (s. d.). Pixabay. https://pixabay.com/fr/illustrations/ambiance-sant%C3%A9-mentale-d%C3%A9pression-7529903/