Série d’entrevues avec des femmes impliquées : Marie Tougne – Par l’AGÉÉPUM

Voici l’entrevue avec Marie Tougne, chroniqueuse et réviseure à l’Amnésique.

Pourquoi as-tu décidé de t’impliquer?

Je me suis impliquée pour ma passion première, soit, l’écriture. L’écriture est le plus beau véhicule informationnel. Elle n’est en aucun cas une forme de pression, mais plutôt d’ouverture au partage. Je conçois l’écriture comme étant la clef permettant d’ouvrir toutes les portes du monde. L’écrivain.e tente de passer un message, puis le ou la lecteur.trice l’interprète et construit sa pensée sur ce que l’autre apporte. Saint-Exupéry excelle dans le domaine. Ce qui est encore plus magique est que cela puisse être transmis noir sur blanc sans même avoir de contact direct avec l’autre, alors que l’écriture est, selon moi, le médium permettant le plus de rapprocher les gens de toutes les parties du monde. Je me suis impliquée pour retrouver cette forme de partage, cette Humanité. En effet, que ce soit par la rétroaction constructive des correcteur.trice.s ou les opinions partagées à la suite de la publication de mes textes, je reçois ce dont autrement j’aurais plus de difficulté à obtenir, soit, une conversation. Je pense très sincèrement qu’une autre partie de moi a voulu s’impliquer dans le but de dénoncer certains sujets me touchant profondément. Comme disait si bien De Vinci : « l’inaction sape la vigueur de l’esprit ». Si j’ai en tête de dénoncer certaines réalités me paraissant absurdes, j’ose espérer une forme de crédibilité même si je n’ai pas à ma portée une arme, mais qu’au contraire, je suis armée de l’outil le plus significatif : mon crayon. Si je ne fais couler de sang, je fais couler de l’encre. Resterait à savoir ce dont les gens se souviendraient le plus. J’éprouvais d’autant plus une forme de dissonance cognitive : je ne supportais certaines choses sans jamais faire quoi que ce soit. Peut-être avais-je envie de commencer là où je suis le plus confortable : dans l’univers des mots. Les mots sauvent et face à tout vide, c’est la seule chose qui puisse rester.

As-tu fait face à des défis durant ton implication parce que tu es une femme?

Si certaines vieilles auteures écrivaient sous un pseudonyme masculin pour se faire publier, je ne peux que me considérer reconnaissante pour la réalité actuelle à ce niveau, du moins, dans le monde occidental. Je conçois que voir mon prénom féminin puisse au fur et à mesure de la lecture biaiser certain.e.s, mais j’ose espérer me tromper, et de manière honnête, je ne pense pas que cette réalité s’applique au journal. Toutefois, il arrive que certains sujets m’inquiètent plus que d’autres. À titre d’exemple, celui du féminisme a encore plus troublé mon esprit perturbé. Le genre de l’auteur.e importe quand on parle d’un sujet aussi dénoncé et il serait malhonnête ou irréfléchi de dire le contraire. Je craignais d’être catégorisée telle qu’ « une de plus ». J’ai alors écrit avec mon cœur en espérant laisser transparaître ma véritable pensée : le cœur, lui, n’a pas de genre.

De quoi es-tu la plus fière en rapport avec ton implication?

Je suis la plus grande insatisfaite et j’ai beaucoup de mal à être fière de moi. Je considère par contre avoir beaucoup grandi. Puis, aussi paradoxal que cela puisse paraître, j’ai su me reconnecter à l’enfant perdu en moi. Je fais souvent référence à l’enfance dans mes textes, car il n’y a plus grand maître que l’enfant et rien au monde n’est plus beau que l’âme infantile. Toutefois, la rétroaction et les échanges que j’ai pu avoir à la suite de la publication de mes textes m’ont énormément touché. On dit qu’il n’y a pas d’écrivain.e.s sans lecteur.trice.s, ce qui est tout à fait juste, mais jamais je n’écris dans l’optique qu’on me lise. Cela peut paraître risible, mais je suis constamment surprise quand une personne dit m’avoir lue. Émue chaque fois. Je dois dire que ce qui me touche d’autant plus sont ceux qui viennent m’en parler par la suite : je suis touchée dans mon malaise. Je suis gênée à l’idée qu’ils et elles aient peut-être aimé, compréhensive à l’idée qu’ils et elles aient moins aimé, mais suis surtout emballée par l’idée qu’une conversation sur le sujet en question puisse en découler.

Que représente pour toi le regroupement dans lequel tu t’impliques?

Une équipe d’enfer! Le travail rigoureux des réviseur.e.s est admirable et l’écriture des écrivain.e.s magique. Je suis excessivement reconnaissante de pouvoir faire partie d’un regroupement aussi stimulant intellectuellement. Ma soif d’apprentissage me mène à tout vouloir savoir, ce qui contrarie bien évidemment mon esprit sachant que cela est impossible. Toutefois, l’équipe de l’Amnésique parvient à contribuer à la construction de mon esprit critique tout en nourrissant chaque fois mes interrogations et réflexions. Ce journal étudiant est conforme à mes valeurs et je trouve, sait diffuser les messages tabous de manière à rendre les gens réceptifs. Il représente pour moi un lieu de partage et de discussion laissant place au débat et à la conversation. C’est à partir de là que tout débute, que les choses changent.

Que dirais-tu à une femme qui hésite à s’impliquer?

« Tout est relatif et cela seul est absolu » disait Comte. Je lui dirais de ne pas oublier que les certitudes sont rares et que c’est en essayant qu’on découvre. L’expérience est si enrichissante et permet autant le partage que la croissance personnelle. Je lui dirais d’éviter la réticence par crainte et de tenter l’inexploré par curiosité.

Qu’est-ce que l’implication t’a apporté personnellement?

Mon implication au sein du journal m’a permis de retrouver l’enfant perdu en moi. Je laisse ça comme ça : cela seul veut tout dire.

Quels sont tes plans pour l’an prochain?

Avant toute chose, je souhaite continuer à trouver des moyens de stimuler mon esprit. Je compte bien évidemment continuer à m’impliquer au sein du journal pour une troisième année, mais j’ai aussi l’intention de commencer à poser mes candidatures pour le doctorat. De plus, je compte poursuivre mon implication bénévole un peu partout pour diversifier mon expérience et j’aspire très profondément à travailler avec des enfants. Puis, j’aimerais beaucoup commencer un projet abordant la santé mentale par l’intermédiaire d’entrevues. À voir… Si la possibilité m’effraie terriblement, elle me motive aussi. Quel monde contradictoire!

Révisé par Rémy El-Nemr et Alexandrine Nadeau


À lire

Série d’entrevues avec des femmes impliquées : Ella Jussen-Larouche – Par l’AGÉÉPUM

Série d’entrevues avec des femmes impliquées : Raphaëlle Marcil – Par l’AGÉÉPUM

Une réponse sur « Série d’entrevues avec des femmes impliquées : Marie Tougne – Par l’AGÉÉPUM »

  1. Ping: Série d’entrevues avec des femmes impliquées : Catherine Dionne – Par l’AGÉÉPUM – L'AMNÉSIQUE

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s