L’art dyadique de l’inexprimé – par Marie Tougne

Maman,

Je ne suis que fatiguée.

Je ressens tout simplement ce besoin de m’évader.

Tout va bien, je n’ai que besoin de me recentrer.

Mes pensées font que je me suis égarée.

Maman,

C’est plus que de la fatigue, c’est de l’épuisement.

Récemment, j’ai du mal à trouver une source d’amusement.

Mon monde tourne si vite que cela en est étourdissant.

Tu me diras que rien n’est grave, mais cela en est assommant.

Papa,

Mon regard rivé vers le vide n’est que synonyme de fatigue.

J’ai l’impression que récemment ma vie est un peu comme une intrigue.

Je me sens quelque peu fragile, tu investigues ?

Pour m’échapper, je dépense sur les livres, telle une personne prodigue.

Papa,

Regarde-moi et remarque ce que je n’exprime pas.

Écoute mon silence durant nos repas.

Entends mon cri le soir et il te retournera l’estomac.

Comprends que mon corps est si vidé de vie que tu n’entendras plus mes pas.

Professeur,

Je suis capable d’encaisser.

Ne soyez pas exaspéré devant mon cinquième café de la matinée.

Parfois, j’ai juste l’impression que l’école est synonyme de hasard tel un jeu de dés.

Mon envie de réussir fait qu’il m’arrive de me sentir complètement aliénée.

Professeur,

J’ai le cœur si rempli de volonté qu’il me détruit.

Mon domaine me passionne, mais me vide de vie.

L’obsession de la réussite m’empêche de dormir la nuit.

La culpabilité du repos est si forte que mon esprit est constamment rempli de bruit.

Patron,

Oui, ça sera fait.

Jamais je n’abandonnerai.

Comme vous l’entendez, je l’accomplirai.

Sans soucis, ça aussi, je l’augmenterai.

Patron,

J’ai du mal à faire passer le quantitatif au détriment du qualitatif.

Mon combat quotidien rend mon labeur éruptif.

Cette compétition rend mon travail si contre-productif.

Ma vie est si chaotique que tout est soudain, contre-intuitif.

Amis,

L’étude seule m’empêche de sortir.

C’est que, voyez-vous, j’ai un avenir à bâtir.

Reste que si certains d’entre vous le veulent bien, venez me divertir.

Mon ennui de l’habitude risquerait peut-être lui aussi de meurtrir.

Amis,

Accordez-moi de ne manquer rien qu’une soirée sans culpabilité.

J’étouffe et sens mon bateau de sauvetage couler.

Pardonnez ma tragédie qui se transforme en comédie mal jouée.

Observez comment l’ineptie de notre siècle m’a exilé.

Ego,

Ce qui te rend si pauvre n’est pas l’absence de sous.

C’est l’opportunité ratée de la vie dont tu as manqué l’appel au rendez-vous.

C’est d’avoir si longtemps dissimulé tes contrariétés par des « ça va et vous ? »

C’est la force interne que tu as toujours confondue pour remous. 

Ego,

Souviens-toi que l’innocence ne te quitte jamais.

Assimile l’idée d’être l’acteur proactif de ta vie et non l’observateur niais. 

Vis comme si de tout ce qui existe dans ce monde, de rien tu ne dépendais.

Conçois que, de toutes les œuvres du monde, la vie est l’art le plus abstrait.

Révisé par Indira Louis-Sidney


Références

Beck, M. (2017). The Long Goodbye. [image en ligne]. Pinterest. https://www.pinterest.com/pin/522628731755807795/


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