Amusant ou effrayant ? – Par Charlène Morier

Les couleurs d’automne teintent tous nos paysages, l’air est frisquet, tout le monde a un Pumpkin Spice Latte à la main et les cols roulés sont sortis ; octobre est bien entamé ! Qui dit le mois d’octobre dit l’Halloween ! Des citrouilles souriantes illuminées, des fausses toiles d’araignées et des pierres tombales peuplent probablement votre voisinage !

Plusieurs sont fébriles à l’idée d’enfin pouvoir dévoiler leur costume, qui est encore plus original que celui de l’an dernier. D’autres salivent en pensant aux sucreries qu’iels se permettront de se mettre sous la dent ! Il y a également ceux et celles qui se planifient une soirée « films d’horreur » avec leurs plus braves ami.e.s Jusqu’ici, le 31 octobre semble être tout excitant! Cependant, malgré les bonbons et les soirées déguisées, bien des gens appréhendent la soirée d’horreur présente à chaque automne… On prend plaisir à se moquer d’elleux en les qualifiant de peureux.ses, mais la plupart éprouvent des phobies et/ou des peurs bien réelles.

Avant toute chose, il est pertinent de différencier les termes de « peur » et de « phobie ». La peur est définie comme un mécanisme de défense psychologique et inné nous permettant d’esquiver une menace potentielle (Kaskas et al., 2017). Du point de vue de la théorie de l’évolution, c’est un moyen de survie assez pratique! La peur devient problématique lorsqu’elle est intense au point de nuire à l’individu, telle qu’une peur chronique, qui peut empêcher la personne de bien fonctionner (Kaskas et al., 2017). Quant à elle, la phobie spécifique s’explique comme suit selon le DSM-5 : un trouble anxieux lié à une peur irrationnelle provoquée par un stimulus précis causant une altération du fonctionnement quotidien de l’individu (Benun et al., 2008; Kaskas et al., 2017). Pour recevoir le diagnostic d’une phobie spécifique, le sujet doit réagir fortement, c’est-à-dire par un état de détresse, à maintes reprises lorsqu’il rencontre le stimulus, et ce sur une période d’au moins six mois (Kaskas et al., 2017). On peut retrouver les symptômes suivants dans la liste des critères du diagnostic : agitation, sensation de fatigue facile, difficulté à se concentrer, irritabilité, tension musculaire et troubles du sommeil (Benun et al., 2008).

À l’approche de la fête du mois d’octobre qu’on associe à l’horreur, certaines phobies et peurs peuvent se faire ressentir davantage. Lorsqu’on joue un tour à quelqu’un, il faut demeurer prudent.e afin de ne pas exacerber une peur que cette personne pourrait avoir. C’est dans cette optique qu’il est pertinent de prendre conscience ou de se rappeler de quelques peurs et phobies qui existent.

La coulrophobie est la peur des clowns. Celle-ci est bien commune et a fait couler beaucoup d’encre lors de la sortie de la nouvelle version du film « Ça » mettant en vedette Pennywise, le clown maléfique inventé par le célèbre auteur Stephen King (Fauvernier, 2017). L’une des hypothèses avancées sur l’explication de cette peur est celle du psychiatre Antoine Pelissolo : « Quand on ne parvient pas à décoder le visage d’une personne, on la perçoit comme menaçante. » (Fauvernier, 2017).

L’arachnophobie est la phobie des araignées et c’est probablement la phobie des insectes la plus courante. L’automne peut être difficile à traverser pour les arachnophobes puisqu’elle amène son lot d’apparition de ces petites créatures dans les maisons. L’Halloween augmente la présence de ces insectes aux pattes ambulatoires en affichant ici et là de fausses toiles d’araignées! Cependant, une étude bien intéressante s’est questionnée sur si justement l’exposition à des araignées artificielles, et tout à fait inoffensives, pourrait contribuer à réduire le niveau des symptômes phobiques (Hoffman et al., 2019). Toutefois, les phobies sont généralement traitées par exposition graduelle au stimulus (Hoffman et al., 2019). Il ne faut donc pas surexposer la personne à sa peur en croyant l’aider, car on obtiendra l’effet inverse!

La peur du sang, pouvant être nommée hématophobie, se traduit comme suit : un inconfort ou un état interne déplaisant à la vue du sang et à des stimuli reliés au sang comme des blessures et des mutilations (Mennella et al., 2017). Fait intéressant, on mentionne que cette peur engendre assez souvent un malaise vagal, c’est-à-dire une perte de connaissance spontanée (Mennella et al., 2017).

La pédiophobie est la peur des poupées. Une recherche a été conduite sur cette phobie suite à la réaction d’une étudiante en soins infirmiers qui trouvait les simulations de soins sur mannequins anxiogènes (Macy et Schrader, 2008). Peu de documentation se trouve sur cette phobie, mais globalement, on explique que c’est une peur des fausses représentations des humains, des mannequins, voir même des robots! De plus, avec les imitations de morts et les pierres tombales en plastique, on peut aborder la nécrophobie qui désigne la peur de la mort et même des éléments qui lui sont associés, par exemple un cimetière (Héril, 2017).

Il y a également la peur de l’obscurité et/ou la claustrophobie, la peur des espaces confinés, qui peuvent être ressenties dans une maison hantée. Bref, il faut prendre conscience que diverses peurs spécifiques existent et retenir que le but premier de l’Halloween est d’avoir du plaisir. Le 31 octobre prochain, demeurez respectueux.se des limites que certain.e.s peuvent avoir vis-à-vis des stimuli horrifiants. Afin de limiter les risques de marquer négativement autrui, rendez l’ambiance de l’Halloween frissonnante, mais non traumatisante! Notre imaginaire se charge déjà de nous donner la chair de poule, il n’est donc pas nécessaire d’alimenter les peurs de tou.te.s et chacun.e en se jouant de mauvais tours!

Joyeuse Halloween!


Références


Benun, J., Lewis, C. et Siegel, M. (2008). Fears and phobias. Pediatrics in Review, 29(7), 250-251 https://doi.org/10.1542/pir.29-7-250

Fauvernier, L. (2017, 11 octobre). Coulrophobie : pourquoi avons-nous peur des clowns ?
Psychologies. https://www.psychologies.com/Moi/Problemes-psy/Anxiete-Phobies/Articles-et-Dossiers/Coulrophobie-pourquoi-avons-nous-peur-des-clowns

Héril, A. (2017, 27 janvier). Nécrophobie ou la peur de la mort. Doctissimo.
https://www.doctissimo.fr/psychologie/phobies/necrophobie-tanatophobie-peur-de-la-mort

Hoffman, Y. S. G., Pitcho-Prelorentzos, S., Ring, L., et Ben-Ezra, M. (2019). « Spidey Can »: Preliminary evidence showing arachnophobia symptom reduction due to superhero movie exposure. Frontiers in psychiatry, 10(354). https://doi.org/10.3389/fpsyt.2019.00354

Kaskas, M. M., Ryan, P. M. et Davis III, T. E. (2017). Fears and specific phobias. Dans D.
McKay, J. S. Abramowitz et E. A. Storch (dir.), Treatments for psychological problems
and syndromes
(1 e éd., p.15-33). Wiley Blackwell.

Macy, R. M. et Schrader, V. (2008). Pediophobia: A new challenge facing nursing faculty in clinical teaching by simulation. Clinical Simulation in Nursing, 4(3), e89-e91. https://doi.org/10.1016/j.ecns.2008.07.001

Mennella, R., Sarlo, M., Messerotti Benvenuti, S., Buodo, G., Mento, G. et Palomba, D. (2017). The two faces of avoidance: Time-frequency correlates of motivational disposition in blood phobia. Psychophysiology, 54(11), 1606-1620. https://doi.org/10.1111/psyp.12904 (2017). 

It Wallpaper [image en ligne]. Wallpapersite. https://wallpapersite.com/best-desktop-mobile-wallpapers/it-2017-horror-hd-5k-8659.html


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