La sexualité chez les personnes en situation de handicap – Par Clara El-Khantour

Parmi les nombreux tabous entourant la sexualité, on retrouve ceux concernant la vie intime et sexuelle des personnes en situation de handicap. Très peu considérées ou mises en avant dans notre société, les relations sexuelles chez ces personnes existent pourtant bien, malgré que ces dernières doivent faire face à de nombreux obstacles et défis pour obtenir ou apprécier un moment d’intimité. Il existe de nombreux types de handicaps, certains sont plus facilement visibles ou remarquables que d’autres. Il faut accepter le fait que chaque personne vit son handicap d’une façon qui lui est propre. Cette singularité est à prendre en considération dans tous les aspects de la vie de la personne et, notamment, en ce qui a trait à sa vie privée et à ses désirs.

Le handicap, qu’il soit physique ou mental, est encore un sujet tabou dans notre société. Il est associé à de nombreux stéréotypes et préjugés qui sont ancrés dans les mentalités et qui peinent à disparaître. Les personnes en situation de handicap sont souvent perçues comme vulnérables et dépendantes. Elles se voient être réduites à leur handicap et perdent leur identité. Cependant, pour tout être humain, la sexualité et la vie affective sont des dimensions fondamentales de la santé physique et mentale. Il ne faut donc pas négliger le fait que les personnes en situation de handicap restent des êtres humains sexués, dotés de désirs et de sentiments. En 2002, dans sa déclaration sur la santé sexuelle, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) énonce : « La santé sexuelle est un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social associé à la sexualité. Elle ne consiste pas uniquement en l’absence de maladie, de dysfonction ou d’infirmité. » (Organisation Mondiale de la Santé (OMS), 2002, cité dans OMS, 2015). Cette définition établit bien le fait que le handicap d’une personne ne la rend pas asexuelle. On peut alors se demander pourquoi la sexualité des personnes en situation de handicap est si peu reconnue et si peu acceptée, alors qu’elle existe pourtant bel et bien. Cela peut probablement s’expliquer par différentes problématiques physiques, sociales et environnementales auxquelles les personnes handicapées doivent faire face.

Tout d’abord, bien que les personnes en situation de handicap aient des envies et des désirs sexuels, elles peuvent se sentir limitées par leur handicap. La relation avec leur corps ou encore les relations avec les autres peuvent constituer un obstacle majeur pour envisager ou entreprendre des relations intimes avec un ou une partenaire. Par exemple, les personnes vivant avec certaines déficiences intellectuelles peuvent éprouver de l’incompréhension ou de la difficulté dans l’interprétation et la gestion de leurs propres émotions, mais également dans celles des autres. Aussi, l’environnement des personnes en situation de handicap peut être défavorable à la construction d’une vie intime. Au niveau de la famille, par exemple, la sexualité est souvent très peu abordée, voire complètement ignorée ou niée. La crainte d’une procréation non volontaire ou de pratiques jugées comme « déviantes », à cause de certains troubles physiques ou mentaux, sont souvent cause d’un mutisme total entre la famille et la personne concernée. Cet environnement est d’autant plus problématique, car la famille constitue généralement le tissu social principal de la personne en situation de handicap et que les questions concernant le genre, l’orientation sexuelle ou bien l’acte sexuel ne sont généralement pas abordées. De plus, la famille peut sans le vouloir envahir la vie privée de la personne en situation de handicap en ayant tendance à l’assister plus que nécessaire. Les professionnel.le.s de la santé proposent aussi peu d’accompagnements adéquats, notamment en matière de prévention face aux risques des maladies sexuellement transmissibles, car le sujet n’est généralement pas abordé, ou bien n’est pas jugé comme nécessaire, auprès des personnes en situation de handicap (Madeuf, 2018). Enfin, certaines personnes en situation de handicap sont placées en institution. Ce sont les règlementations et la perte d’intimité qui rendent la question de la sexualité très complexe dans ces endroits. Cela fait également écho à la perte de reconnaissance de l’identité qui est souvent énoncée comme un problème majeur au sein de certaines institutions. En effet, la présence permanente des aide-soignant.e.s, l’interdiction de fermer à clef les portes des chambres pour des questions de sécurité, ou encore la présence d’activité à des horaires fixes, sont des exemples de règles qui peuvent venir nuire à certaines libertés et à la vie privée de la personne en situation de handicap (Madeuf, 2018).

Ces difficultés, rencontrées par les personnes en situation de handicap au sujet de leur sexualité, amènent de nombreux défis à surmonter. Aujourd’hui, les notions d’enseignement et d’éducation sont privilégiées afin de dépasser certains tabous concernant la sexualité de ces personnes. En effet, l’éducation de la population directement concernée par ce sujet, mais également celle de la population en général, permettrait d’éliminer certaines barrières. Par exemple, l’enseignement de la conscience de son corps et de ses propres facultés, malgré les limites associées au handicap, pourrait constituer un premier pas afin que la personne puisse prendre confiance en elle et en ses capacités. En informant la famille et les professionnel.le.s de la santé, on pourrait offrir un environnement où la parole serait plus libérée. Effectivement, cela permettrait d’établir une meilleure relation de confiance afin que la personne aborde librement les questions relatives à sa vie intime, affective et sexuelle. Enfin pour les institutions, il serait possible de revoir certaines règlementations qui donneraient ou rendraient certaines libertés favorables à la vie privée et intime des personnes en situation d’handicap. Par exemple, donner certaines flexibilités pour les horaires des repas et des activités, ou bien, l’ajout d’une période spécifique durant laquelle les personnes institutionnalisées pourraient être seules avec un ou une partenaire sans la présence d’un.e profesionnel.le de la santé.

Toutes ces mesures et préventions peuvent également permettre d’éviter certains abus ou violences sexuelles auxquels ces personnes sont aussi victimes. D’après une étude réalisée en 2004 par Statistique Canada, les personnes âgées entre 15 et 44 ans avec un dysfonctionnement physique sont deux fois plus souvent victimes d’agressions sexuelles que les personnes sans défis du même âge (Statistique Canada, 2014, cité dans Gouvernement du Québec, 2018). Aborder la question du consentement et du respect de l’autre est une notion importante et essentielle de l’éducation sexuelle, mais ce sujet reste à l’heure actuelle encore complexe, notamment chez les personnes vivant avec certaines déficiences intellectuelles majeures (Toniolo et al., 2013).

Les préventions concernant les violences sexuelles et la notion de consentement constituent finalement les bases de l’éducation sexuelle de tout à chacun.e, mais sont souvent oubliées, ignorées ou jugées non nécessaires pour les personnes en situation de handicap. Or, il s’agit d’enseignements essentiels pour le bien être mental et physique de la personne afin que celle-ci puisse s’épanouir au sein de sa vie privée tout en préservant sa santé.

De plus, certaines organisations, telles que le planning familial, mettent en place des évènements ou des formations afin de sensibiliser et améliorer l’environnement des personnes vivant avec un handicap, en impliquant davantage la famille ou le corps médical sur les questions relatives à la sexualité (Hède, 2018). De nombreuses associations se battent pour favoriser l’autonomie, améliorer l’intimité ainsi que la situation affective et sexuelle des personnes handicapées. C’est le cas par exemple de « ACSEXE+, Sexualité, accessibilité et handicaps au Québec » (http://www.fqpn.qc.ca/acsexe/) qui cherche à faire tomber les préjugés sur la sexualité des personnes vivant avec un handicap et qui tente de rendre les informations sur ce sujet davantage accessibles.

De nombreux débats refont également surface concernant l’accompagnement sexuel pour les personnes en situation de handicap. Ce dernier est parfois jugé par certain.e.s comme de la prostitution déguisée et par d’autres comme un service nécessaire à la santé de ces personnes. Certains pays comme le Danemark ou la Suisse ont rendu cette pratique légale, tandis que d’autres pays comme le Canada ou la France sont encore réticents face à cette pratique (Destombes, 2015).

On peut finalement conclure qu’à l’heure actuelle, même si la vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap reste encore difficilement acceptée, que ce soit au niveau de leur entourage ou bien dans la société, il y a de plus en plus d’initiatives éducatives qui sont mises en place afin d’améliorer les conditions de vie de ces personnes.

Révisé par Charlotte Vanwambeke


Références

Destombes, C. (2015, 11 février).En Suisse, les personnes handicapées

peuvent recourir à des assistants sexuels. La gazette santé sociale.fr. https://www.gazette-sante-social.fr/17384/des-assistants-sexuels-exercent-en-suisse

Gouvernement du Québec. (2018). Les agressions sexuelles contre les personnes handicapées existent et marquent profondément : soyons vigilants. Secrétariat à la condition féminine. http://www.scf.gouv.qc.ca/fileadmin/Documents/Violences/AS-prs-handicapeesVF.pdf

Hède, C. (2018). Handicap et alors ?. Le planning familial. https://www.planning-familial.org/sites/default/files/2019- 05/2018_brochure_programme_handicap_et_alors_planning_familial.pdf

Madeuf, C. (2018, 26 septembre). Sexualité des personnes en situation de handicap : gros plan. Handirect média expert handicap. https://www.handirect.fr/sexualite-des-personnes-en-situation-de-handicap/

Organisation mondiale de la santé (OMS). (2015). Communisation brève relative à la     sexualité (CBS) : recommandations pour une approche de santé publique.           https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/204278/9789242549003_fre.pdf?sequence=1

Toniolo, A.-M., Schneider, B. et Claudel, M. (2013). Handicap mental, sexualité et institution : une macro-analyse de la documentation francophone. Revue francophone de la déficience intellectuelle, 24, 59-74. https://doi.org/10.7202/1021265ar


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