Regard sur les attentes mésadaptées de la société envers nos filles – Par Julianne Savoie

Connaissez-vous cette jeune fille un peu naïve et insécure qui a tranquillement réalisé que les attentes de la société envers elle avaient changé dramatiquement et qui a tout fait pour s’y conformer? Peut-être même que vous l’avez été? Celle qui, bombardée d’images suggestives de filles de son âge, s’est sentie complètement dépassée par le comportement de ses pairs. Celle à qui on a imposé une image sexuelle avant même qu’elle ne maitrise l’accord du participe passé du verbe « avoir ». Celle qui s’est questionnée sur l’importance qu’elle aurait en tant que femme alors qu’elle regardait une énième publicité mettant de l’avant une femme séductrice afin de vendre un parfum. Cette fille, elle a perdu son innocence à force d’être confrontée à toutes ces manifestations claires du phénomène de l’hypersexualisation.

Un jour, la jeune fille s’est fait renvoyer de l’école parce qu’elle portait des bretelles dites « spaghetti ». On l’a donc privée d’une journée entière de cours afin de ne pas nuire à la concentration des garçons de sa classe ou des enseignant.e.s. À ce moment, elle était fâchée sans même comprendre réellement que l’on venait de la traiter comme un objet. La jeune fille était loin de réaliser que l’on venait indirectement de qualifier ses épaules de « dérangeantes », mais surtout que l’on venait de la punir, elle, pour le potentiel manque de concentration de ses collègues masculins. Elle est donc retournée à l’école le lendemain en se pliant aux exigences d’un code vestimentaire qui est aussi sexiste qu’archaïque.

Depuis quelque temps, quand elle ouvre les réseaux sociaux sur son téléphone, elle ne voit plus vraiment les photos d’animaux mignons, car son attention est maintenant entièrement captée par des photos de filles dans des positions suggestives qui récoltent des centaines de mentions « j’aime ». Le lien est alors tellement simple à faire qu’il est impossible à ignorer : pour plaire, la fille doit elle aussi adopter ces comportements dégourdis. Elle décide donc de se conformer aux milliers d’images qu’elle voit : les fesses vers l’arrière, les yeux doux, la poitrine en évidence ou la bouche en cœur, elle pose. Les réactions sont quasi instantanées et unanimement positives. La jeune fille jubile en ressentant cette approbation des autres à travers l’écran. Elle ignore fermement la petite partie d’elle qui ressent un malaise à l’idée d’être aussi exposée et qui a envie de tout supprimer. Ce qu’elle comprendra plus tard avec le recul, c’est que cette petite partie d’elle tentait seulement de lui rappeler qu’il est inutile de changer pour plaire. Elle regrettera d’ailleurs de s’être ainsi précipitée dans un rôle qui ne lui convenait pas.

Maintenant, quand elle s’achète des vêtements, elle va dans des boutiques ciblées pour les adolescentes. Ces boutiques proposent fréquemment des styles plus osés, certes, mais elle parvient à se convaincre qu’ils conviennent mieux à sa nouvelle image de jeune femme à la sexualité tout assumée, et ce, du haut de ses treize ans. Pour mieux s’en persuader, elle n’a qu’à regarder les publicités de certaines boutiques pour adolescentes, qui montrent trop souvent de jeunes femmes placées dans des positions explicites et provocatrices. Plus tard, la jeune fille déplorera que de telles boutiques profitent ainsi de la naïveté adolescente en leur imposant des styles allant de pair avec une image sexuelle qui n’est pas nécessairement la leur (Simard, 2019).

Dernièrement, la jeune fille remarque aussi des changements dans le comportement de ses amies. Elle a soudainement l’impression d’être en retard par rapport à ses amies qui collectionnent déjà les petits copains ou les rapprochements intimes. Cette peur de trainer de la patte la motive à porter un intérêt factice aux garçons de ses cours, bien qu’elle s’ennuie un peu du temps où elle passait des soirées entières avec ses amies à s’amuser, sans devoir discuter de garçons. Elle se précipite donc elle aussi dans cette quête du prince charmant, ne serait-ce que pour elle aussi avoir quelque chose à raconter à ses amies à l’heure du lunch. Cette urgence à se jeter dans les bras du premier venu lui démontrant un minimum d’intérêt, c’est probablement ce que la jeune fille devenue plus tard jeune femme regrettera le plus. Elle regrettera d’avoir forcé les choses et de ne pas avoir su écouter son propre rythme. Elle regrettera d’avoir posé des gestes qu’elle n’était pas prête à poser, simplement pour mieux rentrer dans un moule. Elle regrettera de ne pas avoir su écouter la petite voix en elle qui l’implorait d’arrêter avant qu’il ne soit trop tard.

Aujourd’hui, les regrets de la jeune femme ont été remplacés par une colère profonde envers la société qui l’a amenée à perdre sa naïveté brutalement en la poussant à adopter une image sexuelle à un trop jeune âge. Son souhait le plus cher est que sa fille n’ait pas à vivre la même chose. Pour que son souhait soit exaucé, il est grand temps que l’on se regarde tou.te.s longuement dans le miroir, en tant que société et en tant qu’individu, et que l’on prenne conscience de chacun des petits gestes qui entrainent l’hypersexualisation de nos filles. Après, il ne restera qu’à collectivement réévaluer nos priorités…

Révisé par Thierry Jean


Références

Pixabay. (2016, 17 février). Aube bord de mer calme [image en ligne]. Pexels. https://www.pexels.com/fr-fr/photo/aube-bord-de-mer-calme-cote-247314/

Simard, V. (2019, 10 avril). Une publicité « hypersexualisée » de Garage décriée. La Presse. https://www.lapresse.ca/societe/sexualite/201904/09/01-5221570-une-publicite-hypersexualisee-de-garage-decriee.php


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