Contribuer à travers son séjour au baccalauréat en psychologie : Par où commencer ? – Par Benjamin Chabot

Introduction

La plupart d’entre nous arrivons au baccalauréat en psychologie avec une fascination de l’esprit humain et le désir de contribuer à un monde meilleur. Bien que le programme offre une multitude d’opportunités de décortiquer le cerveau, il semble y avoir une force puissante qui nous cantonne dans la théorie, loin de la contribution que nous aimerions apporter. Nul besoin d’attendre d’avoir un diplôme pour aider les gens qui peuvent en profiter. Nul besoin, non plus, de s’aligner uniquement en fonction de la grille d’évaluation pour les cycles supérieurs. Nous pouvons choisir et générer des expériences gratifiantes, autant pour nous que pour les autres, des expériences qui ont une incidence sur l’avenir de ceux et celles qu’on aime. Tentant de raviver et de supporter la motivation interne de notre communauté étudiante, cet article présente quelques principes à considérer, et opportunités concrètes, à travers lesquelles un.e étudiant.e peut utiliser ses apprentissages en psychologie afin de contribuer au bien-être de son entourage, tout en investissant dans ses habiletés cliniques de futur.e intervenant.e.

Quelques principes

Travailler sur soi-même : se préparer à être thérapeute

Avant de « réparer » autrui, on doit apprendre à « se réparer soi-même ». Travailler sur notre caractère, guérir nos blessures et consolider nos faiblesses offrent des avenues pour approfondir rapidement notre compréhension de l’être humain. À travers l’exercice, qui demande de l’introspection ainsi qu’une confrontation à des idées et des affects multiples et profonds, on apprend à puiser dans nos ressources et à aller en chercher de nouvelles. Cet investissement en nous-mêmes permet de consolider notre caractère et nos ressources, et permet de générer une base plus solide afin de pouvoir supporter les autres par la suite. C’est aussi une opportunité de faire un premier tri de ce qui fonctionne ou non dans les solutions proposées dans le monde (tout ce qu’on peut trouver sur internet!). Vivre ces défis est un moyen de comprendre (plutôt que connaitre) les véritables obstacles et les subtilités d’un défi donné, permettant d’augmenter la profondeur de notre approche lorsque nous offrirons du support à l’autre. En intégrant des leçons de vie et en surmontant nos difficultés, nous pouvons devenir des piliers pour notre famille et nos ami.e.s, nous permettant parfois d’agir comme modèle pour ceux et celles qui nous côtoient, tout en gagnant en nuance et maturité pour les supporter. Rappelons-nous que, bien que la sagesse de l’expérience puisse profiter à certain.e.s, ce qui a été bon pour nous ne le sera pas forcément pour l’autre.

Vous n’êtes pas thérapeute

Avant de jouer au ou à la thérapeute, demandez-vous quelle est la nature de votre relation avec l’autre. Une relation familiale ou d’amitié se voit plus diversifiée et réciproque que la relation thérapeutique, et elle possède des forces qu’aucune autre relation ne peut apporter. Toujours, restez conscient.e de vos limites, tant en termes d’énergie mentale, émotionnelle qu’au niveau de vos compétences. Il est fréquent d’accepter un fardeau ou de faire une intervention, croyant détenir une réponse, pour plus tard récolter des répercussions subtiles et non anticipées. En d’autres mots, l’interaction entre notre sagesse imparfaite et la complexité de l’être humain peut tourner un conseil bien intentionné en des conséquences subtiles, fâcheuses et parfois même contraires à celles anticipées.

Développer ses compétences de base

L’écoute et l’empathie se développent. Les chances sont que vous ne les utilisez pas optimalement. Il est d’ailleurs surprenant de constater à quel point les gens peuvent se dévoiler lorsque nous écoutons, véritablement, profondément, sans jugement, ouvrant la porte à des sujets d’exception et à une vie émotionnelle inusitée. Intéressez-vous au ton et au rythme de la voix, aux mouvements de l’autre, qui peuvent parfois en dire plus que ses mots. Tentez de reformuler ce que l’autre essai de vous communiquer. Accueillez l’autre avec compassion. Alors que vous vous investissez auprès de vos relations, il est opportun et fort utile de s’entrainer à observer ses propres biais, heuristiques et patterns. Aussi, l’authenticité, un principe fondamental en thérapie, du moins selon Rogers (1961), nécessite de s’entrainer à être soi-même, malgré la tension, l’inconfort, et c’est un investissement des plus gratifiants tant pour la clinique que pour sa vie personnelle. L’écoute, l’empathie, la capacité d’introspection et l’authenticité, au même titre que la communicabilité, l’esprit d’analyse et la capacité à développer des relations de confiance, sont des compétences clés chez un.e bon.ne thérapeute (Mallinckrodt, 2000) et peuvent se développer sainement en aidant son entourage.

Des sujets concrets

Toujours en se rappelant que nous sommes d’humbles étudiant.e.s et que cette humilité est notre plus grande alliée, voici quelques opportunités concrètes sur lesquelles nos habiletés, connaissances et générosité peuvent être mises à profit :

  • Psychoéducation : à partir de sources fiables et professionnelles, éduquer un.e proche sur sa condition (par exemple, sa maladie) et lui proposer des avenues à explorer. Intégrer et digérer l’information pour lui ou elle permet de s’assurer que les éléments cruciaux sont connus et compris;
  • Explorer le risque suicidaire lorsque vous avez des soupçons;
  • Faciliter la résolution des conflits familiaux et amicaux : sensibiliser l’autre sur l’écoute; aider à cibler le problème et les priorités de chacun.e; proposer des compromis et faciliter la mise en place de solutions. Une technique efficace en résolution de conflit implique que chaque personne réfléchisse à ce qu’elle-même a fait et qui a contribué au conflit. Ainsi, chacun.e arrive avec une attitude favorisant l’humilité, l’empathie et le dialogue constructif;
  • Identifier les besoins de la famille (en laissant ses propres caprices de côté) et partager ses inquiétudes. Un.e proche a peut-être besoin d’aide afin de prendre conscience de son problème de boisson, de cyberdépendance ou de relations trop superficielles. La famille a peut-être besoin de règles plus formelles, de respect mutuel ou de réparation. Cibler le besoin, avec les personnes concernées, est une étape importante pour pouvoir avancer;
  • Cibler et partager des ressources pouvant appuyer la personne dans son cheminement personnel;
  • Aider à la préparation d’un rendez-vous avec un.e professionnel.e de la santé augmente la qualité des services que votre entourage recevra. Vous pouvez apprendre au proche à poser les bonnes questions sur ses diagnostics, les traitements et les alternatives, ou encore à valider sa compréhension auprès du ou de la professionnel.le;
  • Aider avec la médication : tant au niveau de la posologie que pour aider votre proche à comprendre que la médication est actuellement nécessaire à son bon fonctionnement et à son bien-être;
  • Aider avec les traitements (accompagner la personne à ses rendez-vous, soutenir dans la prise de médicaments ou, par exemple, d’exercices de physiothérapie) et s’assurer qu’il ou elle respecte les actions qui lui incombent (suivre son traitement, appeler pour prendre rendez-vous, faire des recherches sur sa condition);
  • Supporter un mode de vie sain : l’alimentation, le sommeil, l’activité sportive et la gestion du stress sont (sans étonnement) encore considérés comme des piliers dans la santé d’un individu;
  • Aider à réfléchir à un problème (réfléchir aux causes, à de possibles solutions, ou à comment choisir entre différentes alternatives);
  • Partager notre perception sur l’état d’esprit de la personne : quelqu’un de réceptif et quelqu’un de stressé réagiront différemment à la même situation;
  • Offrir du support émotionnel;
  • Écouter : même les plus endurci.e.s et les plus rationnel.le.s possèdent un sujet pour lequel ils ou elles aimeraient être écouté.e.s, un sujet sur lequel il leur fait du bien de ventiler ou d’être compris.e.s;
  • Encourager la personne en difficulté à aller chercher de l’aide;
  • Encourager un membre de sa famille à vivre un rêve ou l’accompagner dans sa mise en œuvre;
  • Demander ce qu’il ou elle fera pour profiter de la saison. En d’autres mots, quelles sont les activités liées à la saison actuelle que cette personne pourrait faire et qui lui donneraient l’impression d’avoir profité de sa vie;
  • Connaitre son langage d’amour pour mieux l’aimer. Voir Chapman et Drygas (2016) pour plus d’informations;
  • Apprendre à pardonner.

Saisir les opportunités

Profiter des opportunités implique de savoir les reconnaître, mais aussi d’avoir le courage et les outils pour pouvoir les saisir. Les méthodes d’accompagnement et de counselling peuvent éclairer vos « interventions » auprès de vos proches (interventions telles que listées plus haut). La relation de confiance se trouve à être à la base de toute discussion dite « thérapeutique ». Un indice de cette confiance est d’obtenir le droit de parole dans la vie de quelqu’un. Dans une relation avec un.e proche, ce consentement est souvent plus informel et implicite qu’en milieu professionnel, mais reste tout de même essentiel. Dans le doute, vous pouvez lui demander s’il ou elle vous permet de suggérer une idée ou de partager une opinion. Mettez l’autre personne au centre de la démarche, étant donné qu’elle est la responsable de sa propre vie. Demandez comment vous pouvez la supporter. Intégrez les autres dans les plans de match, pour qu’ils ou elles se les approprient. Si la situation nécessite autre chose que de l’écoute spontanée ou une simple présence, préparez-vous en vous éduquant sur le sujet, en identifiant vos intentions (vos objectifs) et en anticipant comment la personne pourrait réagir à ce que vous lui partagerez. Surtout, prenez soin de votre relation avec l’autre, car travailler sur des problèmes peut autant solidifier qu’affaiblir cette relation.

Conclusion

Prendre la responsabilité d’accompagner et de soutenir son entourage est honorable, mais souvent plus difficile qu’anticipé. Au-delà du développement de compétences de base, cet effort permet de se forger un caractère plus fort. Montrons l’exemple, restons intègres, humbles. Apprenons à guérir nos blessures plutôt qu’à les laisser s’accumuler. Apprenons à nous créer une vision, à puiser et à développer nos ressources. Apprenons à prendre soin de nous et des autres à travers les obstacles que nous présente la vie. Être un pilier pour ceux et celles qu’on aime est exigeant et gratifiant. Surtout, ça nous permet d’être le et la meilleur.e proche que nous puissions être.

Révisé par Charles Gervais


Références

arsenisspyros. (2016, 16 septembre). Decorative detail of an ancient Ionic column stock photo [image en ligne]. iStock. https://www.istockphoto.com/photo/decorative-detail-of-an-ancient-ionic-column-gm595365396-102105089

Chapman, G. D. et Drygas, P. H. (2016). A teen’s guide to the 5 love languages: How to understand yourself and improve all your relationships. Moody Publishers; Northfield Publishing.

Mallinckrodt, B. (2000). Attachment, social competencies, social support, and interpersonal process in psychotherapy. Psychotherapy Research, 10(3), 239-266. https://doi.org/10.1093/ptr/10.3.239

Rogers, C. R. (1961). On becoming a person: A therapist’s view of psychotherapy. Houghton Mifflin.


À lire

Partir étudier au-delà de l’océan – Par Clara El Khantour

Détresse psychologique chez les étudiant.e.s – Par Rhita Hamdi

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