La transidentité et l’importance de l’ouverture – Par Julianne Savoie

Selon moi, la clé d’une société ouverte et respectueuse tient à la compréhension de toustes et chacan des réalités qui sont différentes de soi, car l’incompréhension mène à l’inconfort, au jugement et à la méfiance. En tant qu’alliée à la cause LGBTQ+, il me paraissait donc pertinent de tenter de démystifier certaines conceptions inadaptées en lien avec la transidentité.

D’abord, il est pertinent de distinguer et de définir quelques concepts liés à la transidentité. Le fait d’avoir une identité de genre qui ne correspond complètement pas à son sexe assigné à la naissance représente la transidentité (Mateus, 2019). En effet, genre et sexe biologique, bien qu’ils soient fréquemment confondus, sont deux concepts bien distincts. Le sexe est considéré seulement sous un angle biologique : on le définit notamment par les chromosomes sexuels, les appareils reproducteurs, les taux hormonaux et les organes génitaux. Cependant, ces caractères sexuels primaires à la naissance sortent parfois des critères médicaux du sexe masculin et féminin, c’est-à-dire qu’il arrive qu’un individu possède des caractéristiques propres aux deux sexes : on parle alors d’intersexuation (Bureau de la traduction, 2019). Le genre, quant à lui, est plutôt une construction sociale qui est associée aux rôles, aux comportements ou à l’apparence qui font d’un individu un homme ou une femme en regard des normes culturelles (Bureau de la traduction, 2019). Or, le genre binaire qui nous est attribué par les normes de la société n’est pas nécessairement celui auquel on s’identifie : le sentiment que l’on a d’être un homme, une femme, aucun des deux ou un peu des deux correspond à l’identité de genre. En effet, il existe de nombreuses identités de genre qui s’étendent sur un spectre situé à l’extérieur des catégories binaires homme-femme, ce qu’on catégorise de genres non-binaires (Jeunesse, j’écoute,s. d.).

C’est donc lorsqu’il y a divergence entre l’identité de genre et le sexe assigné à la naissance que l’on parle de transidentité, de personne transgenre ou de personne trans. Il faut aussi noter que la transidentité inclut beaucoup d’autres identités de genre, telles que les personnes non-binaires, c’est-à-dire qui ne s’identifient pas complètement comme homme ou comme femme. Effectivement, il est possible qu’une personne trans s’identifie partiellement au genre qui lui a été attribué à la naissance et qu’elle ne le rejette donc pas entièrement (Commission de la santé mentale du Canada, s. d.).  Les termes énoncés plus haut sont tous interchangeables et souvent simplifiés par l’appellation « trans » (Bureau de la traduction, 2019).

Cependant, l’utilisation de l’expression « personne transsexuelle » ne fait pas l’unanimité : transsexuel.le fait référence à une personne qui ne s’identifie pas au sexe qui lui est assigné à la naissance et qui entreprend des démarches pour physiquement changer de sexe. Ce terme est critiqué pour sa référence à la caractéristique sexuelle plutôt qu’à l’identité de genre, ainsi que pour son origine médicale où le transsexualisme était perçu comme une pathologie (Office québécois de la langue française, 2019). De plus, le terme transsexuel amène une certaine division au sein de la communauté trans, car il porte les personnes à croire qu’il existe de vrai.e.s et de faux.sses trans, selon qu’iels ont entrepris des démarches de transition ou non : cette expression est donc à éviter.

Ensuite, il convient de faire un bref historique de la transidentité. L’expression transidentité est apparue vers 1910 en Allemagne pour décrire les personnes dont le sexe anatomique ne correspond pas à celui auquel iels croient appartenir (Alessandrin, 2020). Dès lors, d’importantes avancées chirurgicales ont été faites et ont permis les premières opérations de changement de sexe : la première vaginoplastie dans un cadre de transition a été réalisée en 1930 en Allemagne (Alessandrin, 2020). Dans les années 1970, plusieurs pays ont tenté de mettre en place des gender clinics, soit des regroupements de médecins responsables des demandes de transition. Cette nouvelle prise en charge par la médecine des demandes de transition chirurgicales est en grande partie due à l’intégration par le DSM (Manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux) de la dysphorie de genre comme une maladie mentale (Alessandrin, 2020). Cependant, la situation est loin d’être idéale et plusieurs pays criminalisent le changement de sexe ou bien l’autorisent à condition que l’état civil ait été d’abord modifié. Beaucoup sont donc privé.e.s d’opérations en raison de ces conditions restrictives. À partir des années 1990, plusieurs associations militent pour la reconnaissance des droits des personnes trans (Alessandrin, 2020). Les efforts portent tranquillement leurs fruits dans plusieurs pays puisqu’en 2016 la Norvège, le Canada, l’Argentine et la Suède permettent aux citoyen.ne.s de changer de genre légalement en passant simplement par un formulaire (Lachance, 2017). Auparavant, il fallait bien souvent avoir l’approbation d’un.e juge ou d’un.e médecin pour pouvoir effectuer de tels changements (Lachance, 2017).

Dans le même ordre d’idée, l’Organisation mondiale de la Santé retirera en 2018 le trouble de l’identité de genre de sa liste des maladies mentales à la suite de plusieurs études qui démontraient que ce n’était pas un trouble mental en soi (Lachance, 2017). En effet, une équipe de recherche de l’Institut national de psychiatrie Ramón de la Fuente Muniz a interrogé 250 adultes transgenres pour savoir si leur identité transgenre leur causait une détresse psychologique. Iels ont trouvé que c’était plutôt le rejet social et la violence qui causait la détresse chez ces individus trans et non leur identité de genre en soi (Sioui, 2016). En effet, la transphobie est encore bien présente de nos jours partout à travers le monde, à différents degrés. L’hostilité, le dégoût et la peur à l’égard des personnes trans font malheureusement partie du quotidien des personnes trans (Bureau de la traduction, 2019). La transphobie peut prendre la forme de questions indiscrètes, comme demander à un individu trans quel était son nom avant sa transition, appelé deadname ou en français « morinon » au sein de la communauté, ou encore en le mégenrant. Bien que ces comportements puissent paraitre inoffensifs pour certain.e.s, il s’agit de micro-agressions qui affectent grandement la santé mentale des personnes trans, particulièrement lorsqu’elles sont vécues au quotidien (Zafimehy, 2019).

En outre, les personnes trans sont fréquemment victimes d’attouchements ou d’agressions sexuelles par des personnes qui se donnent la permission de les toucher pour vérifier, par exemple, s’iels ont fait une transition. Ces gestes sont dégradants et reviennent n’accorder aucun respect aux individus trans à cause de leur différence (Zafimehy, 2019).

Selon les chercheur.se.s  de l’Institut national de psychiatrie Ramón de la Fuente Muniz, les résultats de leur étude portant sur la détresse chez les personnes transgenres viennent soutenir la théorie du stress de la minorité, cette dernière voulant que certains groupes minoritaires se retrouvent en situation de stress important à cause de la stigmatisation qu’ils vivent (Sioui, 2016). Ce stress peut par la suite causer des problèmes de santé mentale ou physique. L’avantage de distinguer la transidentité de la maladie mentale est de réduire la stigmatisation des personnes trans. Cela permet également d’éviter que ces individus vivent de la discrimination, parce qu’ils sont trans et parce qu’ils ont un diagnostic de maladie mentale (Sioui, 2016).

De nombreuses études ont constaté que les personnes trans manifestent de plus hauts taux de troubles de santé mentale que la moyenne de la population (Commission de la santé mentale du Canada, s. d.). Une étude menée dans quatre pays européens, soit la Norvège, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique, portant sur les caractéristiques psychiatriques des individus trans a trouvé que 38 % des personnes trans avaient des troubles de l’humeur ou des troubles anxieux (Heylens et al., 2014). De plus, le risque de suicide et d’automutilation est beaucoup plus élevé chez les personnes trans. Heureusement, lors d’études longitudinales, des chercheur.se.s ont observé d’importantes améliorations de la santé mentale chez les individus ayant vécu une transition réussie (Mueller et al., 2017). Par exemple, 67 % des personnes en transition pensaient au suicide avant d’amorcer le processus médical et à peine 3 % d’entre elles le considéraient encore après leur transition (Commission de la santé mentale du Canada,s. d.).

Comme mentionné plus haut, la détresse des individus trans provient majoritairement de la réaction de la société face à leur transidentité et non pas de leur identité de genre directement. Ainsi, il est d’autant plus primordial de prendre le temps de s’informer et surtout d’accepter les personnes trans afin de ne pas alourdir inutilement le fardeau de leurs épreuves avec le poids de nos jugements gratuits.


Références

Alessandrin, A. (2020). Transidentités : histoire d’une catégorie. Dans Encyclopédie pour une histoire numérique de l’Europe. Sorbonne Université. https://ehne.fr/fr/node/12504

Bureau de la traduction. (2019, 22 février). Lexique sur la diversité sexuelle et de genre. Termium plus. https://www.btb.termiumplus.gc.ca/publications/diversite-diversity-fra.html

Commission de la santé mentale du Canada. (s. d.). Les personnes transgenres et le suicide. https://www.mentalhealthcommission.ca/sites/default/files/2019-05/Les%20personnes%20transgenres%20et%20le%20suicide%20-%20Fiches%20d%E2%80%99information.pdf

Heylens, G., Elaut, E., Baudewijntje, K., Paap, M., Cerwenka, S., Richter-Appelt, H., Cohen-Kettenis, P., Haraldsen, I., De Cuypere, G. (2014). Psychiatric characteristics in transsexual individuals: multicentre study in four European countries. British Journal of Psychiatry, 204(2), 151-156. https://doi.org/10.1192/bjp.bp.112.121954

Jeunesse, j’écoute. (s. d.). L’identité de genre et l’expression de genrehttps://jeunessejecoute.ca/information/lidentite-de-genre-et-lexpression-de-genre/

Lachance, M. (2017, 17 février). La transidentité à travers le monde. Alliance arc-en-ciel. https://arcencielquebec.ca/2017/02/17/la-transidentite-a-travers-le-monde-08-02-2017/

Mateus, C. (2019, 23 avril). Hommes ou femmes transgenres : qu’est-ce que la transidentité ? Le Parisien. https://www.leparisien.fr/societe/hommes-ou-femmes-transgenres-qu-est-ce-que-la-transidentite-23-04-2019-8058435.php

McCutcheon, S. (2018, 5 juillet). [image en ligne]. Pexels. https://www.pexels.com/fr-fr/photo/art-artistique-brillant-celebration-1209843/

Mueller, S. C., De Cuypere, G. et T’Sjoen, G. (2017). Transgender research in the 21st century: A selective critical review from a neurocognitive perspective. The American Journal of Psychiatry, 174(12), 1155-1162. https://doi.org/10.1176/appi.ajp.2017.17060626

Office québécois de la langue française. (2019). Fiche terminologique : personne trans. http://gdt.oqlf.gouv.qc.ca/ficheOqlf.aspx?Id_Fiche=26532486

Sioui, M.-M. (2016, 28 juillet). L’identité transgenre n’est pas une maladie mentale. Le Devoir. https://www.ledevoir.com/societe/science/476499/l-identite-transgenre-n-est-pas-une-maladie-mentale Zafimehy, M. (2019, 15 novembre). #MeTooTrans : les personnes trans dénoncent agressions et comportements transphobes. RTL. https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/metootrans-les-personnes-trans-denoncent-agressions-et-comportements-transphobes-7799459380


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