Veille bien sur nous – Par Abigaelle Lavoie

Jour 1

C’est le premier jour sans toi. Je n’arrive pas à y croire. Hier encore, tu étais parmi nous. Ce matin, j’apprends que tu es partie.

C’était toi qui conduisais. Dans le siège passager, il y avait ta sœur adoptive. Tu as voulu dépasser une voiture sur la route, mais tu as perdu la maitrise de ton véhicule. Résultat : collision frontale. Le conducteur du véhicule qui arrivait en sens inverse s’en est sorti. Mais pas vous deux.  

La dernière fois que je t’ai vue, c’était cet été. Si j’avais su que c’était notre dernier moment ensemble, je t’aurais parlé pendant des heures, je t’aurais serré fort dans mes bras et je t’aurais dit « je t’aime » une toute dernière fois. Tu n’avais que 20 ans. Tu devais partir en voyage cet été, tu avais enfin trouvé ta vocation, tu avais encore des milliers de choses à faire et des années devant toi. Tu étais ma cousine, mais nous étions surtout des sœurs de cœur.

Pourquoi la vie est-elle si injuste ?

Jour 8

Je suis allée à tes funérailles aujourd’hui. J’ai décidé de chanter pour toi pendant la cérémonie. Accompagnée de mon ukulélé, j’ai interprété du mieux que j’ai pu Je vole de Michel Sardou (Sardou, 1978). J’ai choisi cette chanson pour ses paroles émouvantes, mais surtout pour les souvenirs qu’elle m’évoque. On chantait tout en essayant d’utiliser le langage des signes, comme dans le film La famille Bélier (Lartigau, 2014). Cela a donné des performances désastreuses, mais amusantes. C’était devenu notre chanson préférée du moment.

Depuis que j’ai appris la triste nouvelle, je ne cesse de penser aux souvenirs que j’ai de toi. C’est difficile de réaliser qu’il n’y aura pas de nouveaux souvenirs et que tu ne seras plus jamais à mes côtés. Comment vais-je faire sans toi ?

Jour 25

Lorsque je tourne la tête vers mon étagère, je vois le cadeau que tu m’as fait Noël dernier et j’esquisse un sourire.

L’an dernier, quand on me demandait ce que je voulais pour Noël, je répondais en blaguant que je voulais de la motivation. C’est exactement ce que tu m’as offert. Tu avais décoré un pot Masson avec des petites boules de couleurs et deux yeux mobiles. Tu l’avais rempli de papiers colorés sur lesquels tu avais écrit des citations qui, selon toi, n’avaient pas beaucoup de sens, mais qui étaient amusantes ou réconfortantes. Tu avais appelé ton œuvre « le pot de motivation ».

Depuis que tu n’es plus là, quand je lis une de ces citations, j’ai l’impression que c’est toi qui t’adresses à moi et que tu me donnes les mots dont j’ai besoin pour trouver la force de continuer. Et c’est ça le plus difficile, car cela me donne en même temps envie de sourire et de pleurer. Sourire, parce que ces citations me motivent, mais pleurer parce que ce sont les seuls mots qui, désormais, me viendront de toi.

Jour 49

Aujourd’hui, je suis allée chez toi parce que ta mère m’a demandé si je voulais garder des choses qui t’appartenaient. J’ai ramené des objets qui me font penser à toi et à nos moments passés ensemble. Par exemple, j’ai gardé un petit béluga en peluche, que tu avais acheté à Marineland. J’ai aussi pris ton hoodie de la technique d’architecture du Collège Montmorency. Un vêtement qui me rappelle les heures que j’ai passées à te regarder construire des maisons en jouant aux Sims. J’ai gardé l’une des baguettes de Harry Potter que tu avais achetées, un petit souvenir de notre passion commune pour cet univers magique.

En entrant dans ta chambre cette journée-là, je me suis souvenue des bons moments que nous avions passés ensemble. J’aurais aimé pouvoir en vivre des millions d’autres. Tu me manques. Tellement.

Jour 77

C’est ton 21e anniversaire aujourd’hui. Notre tradition, et ce depuis que nous sommes toutes petites, c’est de fêter ton anniversaire ensemble avec nos deux familles réunies. Mais, pour la première fois, tu n’es pas ici avec nous.

Jour 365

Un an, 365 jours, 8760 heures sans toi. J’ai du mal à le réaliser. Cela reste un sujet sensible. Il m’arrive encore d’avoir la gorge nouée et les larmes aux yeux. Lorsque c’est le cas, j’essaie de penser aux moments positifs et au fait que tu as eu une vie courte, mais qui fut surtout heureuse. Toutefois, ce soir, je me suis endormie en sanglotant. J’ose croire qu’un jour ça ira mieux.

Jour 503

Il y a plein de choses que je vois au quotidien qui me font penser à toi : le béluga en peluche sur ma table de chevet, les romans que nous avons toutes les deux adorés, des photos de toi dans la maison, ton signet commémoratif sur le réfrigérateur. Et pourtant, je n’y prête plus trop attention.

Cela fait déjà presque un an et demi que tu n’es plus des nôtres. Le temps passe tellement vite. Parfois, je scrute le ciel la nuit et je me demande si tu es là, parmi les étoiles, en train de veiller sur nous.

Jour 731

Au moment même où j’écris ces mots, cela fait deux ans que tu es partie. Les larmes aux yeux et la gorge nouée, j’essaie d’écrire les mots justes.

Il y a deux ans, je pensais à toi et je fondais en larmes. Je pensais au fait que tu ne serais plus jamais là à mes côtés, que tu étais partie et que tu ne reviendras plus. Je m’en voulais de ne pas t’avoir dit assez souvent que je t’aime. J’essayais d’imaginer ma vie sans toi, mais je n’y arrivais pas. Pour la première fois, je réalisais à quel point la vie ne tient qu’à un fil. J’étais au fond d’un gouffre duquel je n’arrivais pas à sortir.

Aujourd’hui, lorsque je pense à toi ainsi qu’aux mille et une choses dont je voudrais te parler, des larmes coulent encore parfois sur mes joues. Mais la différence, maintenant, c’est que j’arrive à sourire.

Quand je pense à toi, je pense aussi à ta joie de vivre, à ta bonne humeur contagieuse et à ta bonté d’âme. Je pense à nos fous rires, à nos inside jokes et à nos mauvais coups. Je pense aux heures que nous avons consacrées à regarder les Harry Potter, aux moments où l’on chantait nos chansons préférées à tue-tête et à nos parties de jeux de société que tu gagnais toujours. Je pense à nos conversations jusqu’à tard le soir, à nos journées de ski et aux petits voyages que nous avons faits ensemble quand nous étions plus jeunes.

Quand je pense à toi, je réalise la chance que j’ai eue de t’avoir dans ma vie.

Émily, lorsque tu nous as quitté.e.s, tu as emporté une partie de moi avec toi, mais tu resteras dans mon cœur pour toujours et les souvenirs que j’ai de toi resteront gravés à jamais dans ma mémoire.

Je t’aime. Continue de bien veiller sur nous.


Références

Lartigau, E. (réalisateur). (2014). La famille Bélier [film cinématographique]. Jerico.

Sardou, M. (1978). Je vole [chanson]. Sur Je vole. Tréma.

StockSnap. (2017, 31 juillet). [image en ligne]. Pixabay. https://pixabay.com/fr/photos/pissenlit-fleur-plantes-nature-2561575/


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