Lorsqu’elle chante – Par Jessica Herrera-Roberge

Ma chère, tu es comme un disque on repeat, la même chanson qui joue dans ma tête. Les notes de tes caresses qui viennent me perturber, les silences de tes refrains qui savent me rassurer, les mélodies de tes baisers qui me bercent encore de leur délicatesse unique. Des crescendos de douceur qui s’assouvissent en vain dans ma mémoire. Je pense encore à nous. À tout ce qu’on aurait pu être. Des amantes passionnelles, reines de notre appartement, déesses de la piste de danse, aventurières des continents, bingewatcheuses de nos séries préférées, artistes imaginées. Notre chanson, elle était belle, belle à en rêver. J’ai le blues de la possibilité de nous. Celle qui s’effrite plus les années passent.

Le temps. Mon pire ennemi et mon loyal serviteur. Grâce à lui, ma chère, je t’oublie un peu plus à chaque coup de minuit. Un peu, mais jamais au complet. Les souvenirs s’effacent et se remplacent. Une phrase que tu as chuchotée, une main que tu as glissée dans la mienne, un regard que tu as figé sur mes yeux, un baiser que tu as laissé suspendu sur mon front. Dans la noirceur de mon lit, c’est facile de constater ton absence et de réaliser qu’il n’y a plus de nous, ou plutôt qu’il n’y en a jamais eu un comme je le souhaitais. Le passage des années me le renvoie au visage, mais je le prends avec un doux sourire aux lèvres.

Parce que, malgré tout. Avec toi, je me suis toujours sentie chez moi. Pas seulement parce que je te trouvais plus fascinante ou plus intrigante que les autres, que tu avais un rire grave charmeur, que tes cheveux brillaient plus, que tes histoires  ludiques m’accrochaient et que je pouvais rester des heures à observer tes yeux , mais parce qu’avec toi je n’avais pas besoin de réfléchir à ce que je disais avant de parler, que je ne me sentais jamais enfermée en ta compagnie ni seule même si tu n’étais pas là, que nos corps se parlaient tout en restant silencieux, que tu étais plus intense que les ravages de la mer et, qu’inévitablement, en ta présence, l’univers devenait nous.

Je garderai toujours cette image-là de nous. Parce que, chère, aucun vide n’est associé à notre perte. Il n’y a que du plein. Un trop-plein qui me nourrit, qui m’habite, qui m’inspire. Ton amour résonne encore dans le silence de mes refrains.

Toi et moi, comme une fatalité de notes étrangères.

Révisé par Charlotte Vanwanbeke


Référence

Myles, J. (2018, 24 avril). The pier children [image en ligne]. Unsplash. https://unsplash.com/photos/QfozoU3hUgw 


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