Les rêveries d’une romantique – Par Alexane Dussault

L’amour est un concept difficile à cerner. En écrivant ce texte, j’ai tenté en vain de décrire le sentiment d’un amour nouveau, romantique et passionné. Cette adoration du début d’une relation, ardente et enivrante. Malheureusement, main dans la main avec l’affection, vient la dégradation de celle-ci. On m’a toujours dit que, dans une relation, la passion se fanait au fil du temps. Les papillons dans notre ventre cessent de battre des ailes, les palpitations de notre cœur décélèrent et la lueur dans nos yeux se tamise. On m’a répété que la lune de miel prend fin et que l’infatuation ressentie dans les premiers mois de la relation s’efface pour évoluer vers quelque chose de plus tranquille, de plus confortable. L’intensité amoureuse se transforme en camaraderie, une sorte d’amitié intime. Pourtant, comme la romantique incorrigible que je suis, je n’ai jamais voulu l’entendre. Peut-être étaient-ce à cause des innombrables histoires à l’eau de rose lues dans mon enfance, parsemées d’âmes sœurs et de chevalerie, mais je croyais dur comme fer à un amour intarissable. En croisant parfois un couple d’aîné.e.s se baladant, les doigts entrelacés, un sourire amoureux ornant leurs visages ridés par l’âge, j’entrevoyais une lueur d’espoir pour mon utopie.

Ces vieux couples, entichés comme au premier jour, existent-ils réellement ? Mes espoirs apparemment illusoires semblent receler plus de vérité que je ne le croyais. Dans une étude réalisée en 2011 (O’Leary et al.), 40 % des épouses et 35 % des maris déclaraient ressentir de l’amour romantique intense pour leur partenaire. Dans l’échantillon composé de couples mariés depuis plus de 30 ans, les résultats demeuraient substantiels : 19 % des épouses et 29 % des maris ressentaient toujours leur amour pour leur partenaire avec autant d’intensité (O’Leary et al., 2011). Les résultats de cette étude ont démontré que l’entretien de pensées positives vis-à-vis de son ou sa partenaire, l’engagement dans des activités stimulantes et nouvelles ainsi que la pratique de comportements affectueux et sexuels étaient des concepts reliés à la longévité d’un amour intense.

Est-il possible qu’une fausse idée de l’amour romantique ait été gravée dans nos esprits ? Un amour obsessionnel, empreint d’anxiété et d’incertitude. Chasser, ou se faire chasser, et la touche d’adrénaline immiscée dans cette poursuite. Une étude réalisée par Acevedo et Aron (2009) suggère qu’un amour intense, une connexion émotionnelle profonde et une sexualité active restent toujours bien vivantes dans certaines relations à long terme. Seuls les éléments obsessionnels, fréquents dans les couples récemment formés, manquent à l’appel (Acevedo et Aron, 2009). L’article avance également que la croyance populaire voulant que l’amour romantique s’éteigne au fil du temps est intimement reliée à la conception erronée de ce même amour, véhiculée par les médias. En effet, comme mentionné ci-haut, plusieurs d’entre nous continuent de croire que le véritable amour se trouve à la limite de l’obsession, alors que cette caractéristique se retrouve presque exclusivement dans les débuts d’une relation amoureuse. Cette passion flamboyante, et parfois malsaine, s’éteint, mais l’engagement, l’intensité et l’attirance sexuelle, eux, persistent.

Certain.e.s pourraient sourire et se ravir à la vue de ces résultats. En revanche, pour d’autres, l’existence d’un tel amour pourrait induire beaucoup d’anxiété. Le fait de découvrir qu’il est possible d’encore ressentir un amour intense, passionné et engagé, même après des décennies de vie commune ouvre des portes sur une panoplie de possibilités. Beaucoup de couples qui sont ensemble depuis longtemps se contentent d’un statu quo confortable, mais sans romance ni intensité, car ils ont toujours cru que c’était le meilleur qu’ils pourraient atteindre. Il est terrifiant de penser que, toute notre vie, nos standards étaient trop limités. Nous avons grandi avec l’idée qu’une lune de miel ne dure pas infiniment et que nous devrions nous résoudre à un amour tiède, sans étincelles ni papillons. Bien sûr, l’idée ici n’est pas de rabaisser ces couples, car le bonheur se présente différemment pour chacun.e, mais bien de faire lumière sur une réalité beaucoup plus romantique que ce que nous avions accepté comme factuel jusqu’à là.

En fin de compte, le long terme ne tue pas l’amour, mais bien l’idée que nous nous faisons de l’amour. Il existe bel et bien de vieux couples passionnés, complices et amoureux. Mes chimères de grande utopiste pourront continuer de fleurir, maintenant appuyées par des résultats scientifiques concrets. J’ose espérer que le choc des réelles potentialités s’offrant à nous saura inspirer des couples à raviver leur flamme d’autrefois ou encore les pousser à creuser plus loin. Il est grand temps de hausser nos standards amoureux et de ressusciter nos espoirs jugés trop romanesques. Mes contes de fées ne sont pas inaccessibles et tout le monde mérite de pourchasser le sien.

Révisé par Mélissandre Leblanc


Références

Acevedo, B. P. et Aron, A. (2009). Does a long-term relationship kill romantic love? Review of General Psychology, 13(1), 59-65. https://doi.org/10.1037/a0014226

jacoblund. (2018, 7 août). Elderly couple holding hands and walking [image en ligne]. iStock. https://www.istockphoto.com/fr/photo/couple-de-personnes-%C3%A2g%C3%A9es-tenant-par-la-main-et-la-marche-gm1012479328-272733917

O’Leary, K. D., Acevedo, B. P., Aron, A., Huddy, L. et Mashek, D. (2011). Is long-term love more than a rare phenomenon? If so, what are its correlates? Social Psychological and Personality Science, 3(2), 241-249. https://doi.org/10.1177/1948550611417015


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