L’essor pandémique de la violence conjugale – Par Marie-Hélène Gauro

La violence conjugale en temps de pandémie n’a été que succinctement couverte dans les médias, qui ont rapporté une importante augmentation de déclaration de cas de violence conjugale aux services d’aide aux victimes depuis le début de la crise sanitaire (Feireisen, 2020). En effet, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) indique qu’entre les mois de mars et juin 2020, une hausse de 12 % de « demandes d’intervention policière » (Institut national de santé publique du Québec [INSPQ], 2021, paragr. 5) liée à des conflits dans un domicile privé a été recensée au Québec (INSPQ, 2021). Mais qu’en est-il réellement de la situation des victimes et quelles sont les conséquences potentielles sur elles et les enfants qui y sont exposé.e.s ?

Il s’agit d’un sujet délicat, qui doit tout de même être discuté afin de se sensibiliser et se conscientiser en ces temps difficiles. 

Une première définition

Selon Statistique Canada, près de 30 % des femmes âgées de 16 ans et plus ont été victimes de violence physique ou psychologique par leur partenaire (Conroy et al., 2019). Mais quelle est cette « violence » exactement ?

Il n’y a pas de définition fixe quant à ce qu’est la violence conjugale. L’INSPQ tend à la définir selon deux angles. Le premier angle est la violence conjugale comme prise de contrôle,qui est l’utilisation de stratégies par un.e partenaire pour exercer un contrôle coercitif sur différentes sphères de la vie de l’autre (INSPQ, 2021). Le second angle est la violence conjugale situationnelle, qui a lieu lors de conflits et qui résulterait en une réponse mésadaptée d’un.e partenaire envers l’autre (INSPQ, 2021). Pouvant être perçue comme un problème d’ordre personnel, la violence conjugale est en réalité un problème d’ordre social, qui serait lié à des facteurs sociaux, relationnels et individuels (INSPQ, 2021).

Contexte de crise sanitaire

Plusieurs services d’aide aux victimes de violence conjugale ont déclaré une hausse du nombre de victimes depuis le début de la pandémie (Feireisen, 2020). Hébergement femmes Canada l’a confirmé, en indiquant que plus de la moitié de leurs maisons d’hébergement avaient déclaré une importante augmentation du nombre d’appels en temps de pandémie (Feireisen, 2020). Cet accroissement serait lié à l’isolement social ainsi qu’aux conséquences économiques de la crise sanitaire (INSPQ, 2020). 

Être pris.e avec un.e partenaire violent.e en pandémie aggrave une situation déjà fragile, le contexte actuel imposant une limite quant aux possibilités d’échappatoire pour la victime, ce qui résulterait en un accroissement du risque de violence au sein du couple et donc d’une augmentation de l’exposition des enfants à celui-ci (INSPQ, 2021). Selon Statistique Canada, 40 % de toutes les femmes victimes de violence conjugale ont rapporté que des enfants en avaient été témoin.te.s (Johnson, 2006). En ces temps-ci, les conséquences de l’isolement sur l’exposition des enfants à cette violence ne sont pas encore tout à fait claires, mais les expert.e.s s’attendent à une augmentation du pourcentage énoncé précédemment (INSPQ, 2020). Il est important de saisir l’ampleur des dommages que cette exposition peut avoir sur le développement de l’enfant, qui risque de développer notamment des séquelles à long terme et des symptômes d’un stress post-traumatique (INSPQ, 2021).

Concernant ceci, je crois sincèrement que ce qui peut avoir une influence sur notre santé mentale est notre habileté à faire face à la douleur. Être exposé.e à un jeune âge à ce type de traumatisme peut se transformer en dépression, en anxiété et même augmenter le risque de vivre d’autres formes d’abus à l’âge adulte (Burczycka, 2016). En effet, Statistique Canada a énoncé que plus d’une victime de violence conjugale sur cinq fut témoin de ce même type de violence durant leur enfance (Burczycka, 2016). D’où l’importance que les enfants qui y sont exposé.e.s obtiennent du soutien afin d’apprendre à gérer ces traumatismes pour ne pas avoir à vivre avec ce lourd fardeau.

L’augmentation de la violence conjugale en temps de pandémie est une réalité qui ne peut être ignorée. La sensibilisation qui est faite à travers les différents médias sur les risques ainsi que les conséquences de cette violence est un moyen puissant pour tenter de contrer les effets de la pandémie sur les personnes à risque de vivre de telles situations. Également, maintenir l’accès aux services d’aide et d’hébergement pour les victimes reste primordial en temps de pandémie.

Si vous ou quelqu’un que vous connaissez êtes victime de violence conjugale, voici quelques ressources à votre disposition :

Révisé par Amélie Gilker


Références

Burczycka, M. (2016, 21 janvier). Section 1 : tendances en matière de violence conjugale autodéclarée au Canada, 2014 (publication no 85-002-x). Statistique Canada. https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/85-002-x/2016001/article/14303/01-fra.htm

Conroy, S., Burczycka, M. et Savage, L. (2019, 12 décembre). La violence familiale au Canada : un profil statistique, 2018 (publication no 85-002-X). Statistique Canada. https://www150.statcan.gc.ca/n1/fr/pub/85-002-x/2019001/article/00018- fra.pdf?st=f2JIBymZ 

Feireisen, C. (2020, 29 novembre). La pandémie exacerbe la violence conjugale au Canada. Radio-Canada. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1753144/violence-conjugale-domestique-pandemie-femmes

Institut national de santé publique du Québec [INSPQ]. (2020, 24 novembre). Violence conjugale dans un contexte de pandémie. https://www.inspq.qc.ca/violence-conjugale/comprendre/contexte-pandemie

Institut national de santé publique du Québec [INSPQ]. (2021). Trousse média sur la violence conjugale. https://www.inspq.qc.ca/violence-conjugale/accueil

Ivos, G. (2017, 18 janvier). [Brown brick building covered with snow during nighttime photo] [image en ligne]. Unsplash. https://unsplash.com/photos/fIwQ6zTLUEU

Johnson, H. (2006). Mesure de la violence faite aux femmes : tendances statistiques 2006 (publication no 85-570-XIF). Statistique Canada. https://www150.statcan.gc.ca/n1/fr/pub/85-570-x/85-570-x2006001-fra.pdf?st=vCJq79v2


À lire

L’AMOUR – Par Cynthia Avila

Les rêveries d’une romantique – Par Alexane Dussault

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s