Une âme à la mer – Par Hamza Zarglayoun

Il ne sait pas. Il ne sait pas où il s’en va. Il ne sait pas où elle l’emmène. À bord de sa barque, il est à la merci de la mer. À la merci de ses soupirs, de sa colère. À la merci des maelströms de larmes cachés derrière sa figure de marbre. À la merci de ce désert bleuté dont les dunes inondent le regard. Il ne sait pas s’il arrivera à bon port ou si son embarcation tiendra encore longtemps. Certain de l’incertitude de sa destination, il ne veut que finir satisfait des voies qu’il aura choisies d’emprunter lorsqu’arrivera l’inexorable moment de retrouver la terre.

Durant sa quête vers cet idéal, cette terre promise, il y eut des hauts et des bas. Pendant certaines périodes du voyage, l’horizon semble lui tendre les bras. Ses yeux se mettent à galoper sur ces larges étendues d’eau alors que ses pensées s’y trempent les pieds. Son cœur valse au rythme des flots. La voile est pleine d’un souffle d’espoir le faisant rêver de filer à cette allure jusqu’aux recoins du monde. Il se laisse emporter par cette sensation enivrante alors que de légères gouttelettes salées se déposent sur sa peau. La tiède chaleur du soleil le berce. Ses yeux se ferment pour pleinement savourer le clapotis des vagues. Il respire profondément et ramène cette brise marine jusqu’aux tréfonds de son âme, qui s’en trouve rafraîchie. Cette euphorie a le goût du plus doux des nectars et à ses yeux, ces moments d’extase valent plus que les saphirs les plus étincelants. 

Toutefois, il lui est aussi arrivé de presque mourir noyé dans cette immensité. En effet, il a appris à ses dépens que sous cette même surface fallacieusement paisible se dissimulaient des courants caligineux. Ces derniers pouvaient subitement arriver à la surface, arracher les pensées bienveillantes s’y prélassant et les tordre frénétiquement jusqu’à n’en laisser que des lambeaux ; de candides fragments virevoltant délicatement avant de se déposer sur les fonds marins. Ces courants amènent avec eux de longues nuits, sans le moindre astre ornant le firmament. Sa barque perd alors son apparence de vaisseau onirique et prend l’allure d’un débris étroit. La mer, brusquement agitée, perd son bleu profond et vire en une marée noire de culpabilité et de désarroi. Il tend les bras et peut à peine voir le bout de ses doigts. À chaque instant, les incessantes vagues menacent de le faire tomber par-dessus bord. Le faire tomber dans l’oubli. Le néant. Il crie à pleins poumons, mais il n’a comme seule réponse que les rugissements de ce colosse déchaîné. Ce goudron glacial le gifle de partout, alourdit sa barque et l’empêche de reprendre son souffle. Ses yeux brûlent. Mon esprit s’embrume. Ses lèvres et ma peau se mettent à prendre la couleur des flots… quand de l’obscurité surgit une bouée à laquelle je m’accroche de toutes mes forces. Je lève la tête et sans pouvoir déceler d’où elle provient, je remarque de minces fils lumineux transperçant l’opaque obscurité.

Au fil de ces crêtes et ces creux, j’ai appris que toute personne ayant la bravoure de garder ses mains sur la barre est digne d’éloges. Aussi, il m’a pris un certain temps pour intérioriser le fait que certain.e.s d’entre nous peuvent être sous un soleil des plus radieux alors que d’autres sont silencieusement en train d’être englouti.e.s par les flots. C’est pourquoi, lorsque la mer nous sourit, je nous encourage (moi le premier) à ne pas nous arrêter à nous-mêmes et à partager ce bien-être avec autrui. Il est difficile de déceler les remous sous la surface de nos proches, mais c’est un devoir qui vient avec le privilège de les avoir auprès de nous. Tout.e marin a un jour besoin d’une bouée et que ce soit en prenant des nouvelles de nos vieilles connaissances, en organisant une activité virtuelle entre ami.e.s ou même en envoyant de bons vieux memes, cela pourrait être la lueur perçant les ténèbres de la tempête d’autrui et apportant une tiède couverture à son cœur grelottant. Pour des cas plus sévères où la tempête semble interminable et où les ailerons de pensées noires sont visibles autour de votre barque, il faut sans tarder faire appel à la garde côtière en contactant les professionnel.le.s de la santé approprié.e.s. En parler à son entourage peut aussi permettre de reprendre son souffle le temps que les renforts qualifiés soient disponibles. Quoi qu’il en soit, ces souvenirs de temps difficiles sont des badges d’honneur et se rappeler que malgré la noirceur, le froid et la force de ces tempêtes, nous sommes passé.e.s à travers devrait nous emplir d’une revigorante fierté. Les cicatrices sur les coques de nos navires sont des hommages aux leçons que nous ont inculquées nos expéditions homériques sur les flots de nos âmes. Enfin, je nous souhaite de trouver notre havre de paix tout en nous rappelant de chérir les perles de sagesse récoltées au fil de ce long et mémorable périple à la découverte de soi.

Sur ce, je retourne à ma propre quête en espérant que ce court récit vous aura fait quitter, ne serait-ce que pour quelques instants, nos demeures devenues un peu trop familières.

Voici un lien qui propose différentes ressources pour toute personne qui se sent en détresse et qui a besoin de soutien :

Réseau avant de craquer – Personne vivant avec une maladie mentale

Révisé par Charles Lepage


Référence

Pexels. (2016, 28 juillet). [Vagues au crépuscule] [image en ligne]. Pixabay. https://pixabay.com/fr/photos/oc%C3%A9an-mer-ondes-lever-du-soleil-1867285/


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