Entrelacé.e.s – Par Jessica Herrera-Roberge

Je l’aime, à condition.

L’inverse de ce que je lui ai toujours promis. Être libre comme l’air, ne penser à aucun jour. Un amour aux lendemains infinis. Propulsé.e.s de satisfaction en satisfaction qui chamboulent notre monde. Sans se soucier des autres et de ce qu’on pourrait laisser derrière. Se rassasier de sa présence, sans jamais s’attendre à ce qu’elle reste près de moi. Qui es-tu étranger ? Ma peur de le perdre crispe et déforme son visage que je ne reconnais plus. Sa vraie nature, autrefois centre de mon attraction, maintenant camouflée dans des lianes de culpabilité. Comme si je ne lui faisais plus confiance pour m’aimer par lui-même. J’ai besoin qu’il se moule au personnage que je lui ai créé, rêvé, imaginé. Un amour inconditionnel aux chicanes, aux mensonges, aux fausses promesses. Je lui dis que je l’aime, mais je persiste à essayer de l’enfermer dans une cage. Ma cage. Celle de la raison, de la restriction, de l’amour forcé, des peines étouffées et des efforts abandonnés. Terroriste de ma tendresse, je le garde en otage jusqu’à sa perte.

Il m’aime, avec un cœur dénaturé.

Assez familier pour me tromper, me faire croire que cette fois c’est le bon. Celui qui possède la clé de notre damnation irrésistible, douce. En dehors des quatre murs que je nous ai imposés. Il finit inévitablement par s’enfuir, se volatiliser. Dans un mouvement d’air qui me laisse sur ma dernière inspiration. Étouffée par les poussières d’espoir qu’il laisse dans son sillage, j’ai les poumons à demi arrachés. Il dit qu’il m’aime, mais attaque toujours en premier. Revient à la charge, ses mains sur mes tripes. Il s’impose et tire dans tous les sens pour m’empêcher de me replacer. Tu ne te souviens pas de moi ? L’estomac à l’envers. Emportant avec lui des morceaux de mon tout. Petit à petit. Il me regarde au loin, loin de la scène du crime. Les mains sales.

Je le laisse prendre son rôle, moi, le mien. L’observe avec effroi, si convaincant quand il se met à mes pieds pour me supplier de le pardonner. Un sourire torturé sur les lèvres. Je lui donne tout ce qu’il me reste, sans hésiter. On plaide l’amour dans un chaos qui tremble et qui chante.

Mon cœur reste affamé, je le laisse en profiter.

Révisé par Cléo St-Martin


Référence

Consigny, A. (2019, 26 janvier). Les amants, de Magritte [image en ligne]. Coupe File Art.   https://www.coupefileart.com/post/les-amants-de-magritte


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