Se reconnecter avec soi-même et autrui : les secrets du cerveau pour mieux vivre le confinement – par Hamza Zarglayoun

Pour être honnête avec vous, après une semaine sans avoir sorti le bout du nez dehors, l’idée de rester chez moi à « faire ce que je veux » a rapidement commencé à perdre de son romantisme. Cette période de confinement prescrite me laissait démotivé, légèrement claustrophobe et je me sentais étrangement seul; et ce malgré le fait que je vis au sein de ma famille. Je ne peux qu’imaginer ce que d’autres étudiants doivent vivre en étant loin de leurs proches et devant se préoccuper du loyer, des frais de scolarité, de devoir performer dans tous leurs cours et surtout de sa santé et de celle de ses amis et sa famille. Bref, je ne souhaite pas renforcer ce sentiment anxiogène et leur souhaite sincèrement le meilleur en cette période difficile.

Dans mon cas, du jour au lendemain, j’ai vécu une sorte d’épiphanie après avoir lu l’article du Harvard Business Review dénommé Why a Happy Brain Performs Better. Dans ce dernier, il est mentionné que la majorité des études montrent que le bonheur précède le succès et non l’inverse, comme plusieurs pourraient penser. Ainsi, cela signifiait que mon bien-être se trouvait entre mes propres mains, à cet instant même, et que c’était dans un changement drastique de ma perspective de la situation que se trouvait mon salut psychologique. C’est alors que j’ai activement fait l’effort de voir ma demeure comme étant un refuge confortable et chaleureux dans lequel je pourrai grandir et prospérer, plutôt qu’une sinistre cellule dans laquelle je me voyais décrépir au fil des semaines qui passaient. Cette situation serait mon opportunité de me recentrer, d’améliorer mon hygiène de vie et d’en apprendre plus sur une myriade de sujets. Plus que tout, ce temps me permettrait de renforcer ma relation avec mes proches, de les apprécier à leur juste valeur et pour une fois, d’exprimer verbalement et au travers de mes actions que je tiens énormément à eux et qu’ils sont une partie intégrante de ma personne. Aussi, ce serait une bonne opportunité de reprendre des nouvelles de bons amis de qui les sempiternelles vagues du quotidien m’ont distancé.

Après quelques jours avec cette mentalité axée sur la connexion avec l’autre et sur la gratitude pour les petites choses de la vie, je me suis retrouvé inspiré et je me sentais respirer à nouveau. Je trouvais à présent du temps pour des activités que j’avais voulu réintégrer dans ma vie (lecture, écriture, etc.) et passais du temps de qualité en famille. Mon réseau social est à présent plus fort qu’il ne l’a été depuis longtemps et ça m’a aussi laissé le temps de me questionner sur ma trajectoire de vie. Pourquoi ne profitais-je pas de la vie ainsi en période d’études? Mon rythme de vie était-il favorable à mon épanouissement personnel? Qu’attendais-je avant de me décider à vivre et à être heureux ?

Ces questions m’ont amené à la réponse suivante. Mon bonheur se trouvait dans la qualité des relations que j’entretenais avec mon entourage et c’est la négligence de ces dernières qui a le plus affecté mon bien-être. Dû à mon organisation suboptimale, je n’étais pas efficace lorsque j’étudiais. Cela faisait en sorte que je sacrifiais des moments en famille ou que je perdais du temps qui pourrait être consacré à des activités me procurant du plaisir tout en me développant (écrire, apprendre des langues, etc.).

Je souhaite nous remonter le moral en prenant comme exemple la communauté étudiante. Avant cette quarantaine, je ne visualisais pas vraiment le corps étudiant comme un organisme uni qui est affecté par la souffrance d’un de ses membres. Toutefois, j’ai été agréablement surpris par la solidarité étudiante face à cette crise et pour une fois, il m’a fait plaisir d’avoir tort. Plusieurs groupes organisent des évènements sociaux en ligne ouverts à tous afin que chaque jour, nous puissions collectivement ensemencer de petites graines de joie et de réconfort chez autrui et combattre la solitude qui nous assaille tous à un certain degré. Pour donner suite à cette réalisation, j’ai voulu en savoir plus sur les raisons qui poussent l’humain à être si naturellement empathique et réceptif aux souffrances des autres (même si cette empathie est sujette aux dynamiques intra-groupe et inter-groupe, mais bon, c’est un autre sujet).

C’est alors que j’étais sur cette quête de savoir que je suis tombé sur un TED Talk (2013) du charismatique et captivant Dr. V.S. Ramachandran, neurologue comportemental et directeur du Center for Brain and Cognition of UC San Diego. Ses champs d’expertise étant surtout les conditions neuropathologiques rares, il a beaucoup étudié les membres fantômes et la synesthésie (association de deux ou plusieurs sens simultanément). Il a aussi fait de la recherche sur l’apotemnophilie (désir intense et durable de se faire amputer un membre en particulier) et le sujet sur lequel j’étais tombé, soit les neurones miroirs. Pendant sa prestation, il parlait des neurones qui ont façonné la civilisation humaine et faisait un pont intrigant et a priori saugrenu entre anthropologie et neurosciences. Selon son étude, des neurones qui se déclenchent lorsqu’on se fait toucher à différents endroits s’activent aussi lorsqu’on voit quelqu’un d’autre se faire toucher aux endroits homologues. Le neurologue affirmait que c’était comme si l’on se reproduit en réalité virtuelle l’expérience d’autrui. La façon avec laquelle notre cerveau s’évite d’être confus et inhibe cette sensation qui ne nous est pas propre est grâce à la réponse de neurones dans la peau et dans les muscles. Ces derniers permettent la proprioception (situer notre corps dans l’espace) ainsi que la nociception (douleur) et informent le cerveau que ce n’est pas son corps qui est touché; celui-ci n’a donc pas à vivre cette sensation et s’évite ainsi pas mal de confusion. Toutefois, il suffit d’anesthésier notre bras (le perdre aussi fonctionne, mais bon nous ne sommes heureusement pas tous apotemnophiles), faisant cesser les décharges de ces neurones « feedback » vers le cerveau, pour que l’on se mette à vivre l’expérience somatosensorielle de la personne que l’on regarde. Cette perte de sensations cutanées et musculaires dissoudrait la très fine barrière séparant notre expérience de celle de toute l’humanité. C’est pourquoi ce neuroscientifique donne aussi aux neurones miroirs le nom de « neurones Gandhi ». Finalement, il bouclait son discours en disant que cela correspond à la vision de l’Homme en philosophie orientale selon laquelle il est une partie d’un Tout. La philosophie occidentale affirmant que l’Homme observe le monde et les autres comme des entités distinctes de sa personne serait fausse sur ce point et au contraire, il s’avère que nous sommes tous intrinsèquement connectés. Nous nous influençons tous à l’échelle cellulaire lors de chaque interaction et il n’y aurait donc pas de profonde distinction entre notre propre conscience et celle d’autrui.

J’étais fasciné par rapport à tout ce que j’apprenais. En ces temps incertains, déceler une telle poésie découlant de la nature même de notre biologie m’a apaisé. Toutefois, cela m’a aussi montré à quel point les tensions actuelles envers certaines communautés sont et ont toujours été contre nature et insensées. Par souci d’ego, j’imagine, certains cherchent activement à se sortir de cette collectivité de l’expérience humaine en discriminant et en trouvant des raisons externes aux maux qui les affligent. Si c’est un agent infectieux cette fois-ci, ça a auparavant été le manque d’emploi, la perte d’identité provinciale, etc. Savoir que l’empathie est littéralement ancrée dans notre biologie et que nous sommes tous à bord du même navire en fin de compte pourrait aider ces individus à relativiser la situation et à se dire que ce n’est pas divisés, mais unis qu’il nous faut être pour traverser cette période critique. C’est en s’aidant mutuellement, en agissant de manière responsable et en cherchant comment résoudre ce problème plutôt qu’à qui revient la faute que nous pourrons en sortir plus résilients. Malgré tous les actes ignobles commis à travers le monde, je garde espoir. Comme le disait si bien Nelson Mandela : « La haine n’est pas innée… Les hommes apprennent à haïr, et s’ils peuvent apprendre la haine, alors on peut leur enseigner l’amour, car l’amour gagne plus naturellement le cœur humain que son contraire. » Cette citation est encore plus véridique à la lumière des découvertes scientifiques sur la nature humaine mentionnées précédemment.

Pour finir, c’est avec ferveur que je nous conseille à tous de voir cette quarantaine comme une opportunité de grandir et de mettre de l’ordre dans nos vies. Cela peut être fait en se cultivant sur divers sujets d’intérêt, en prenant soin des membres de notre entourage, en leur faisant savoir à quel point nous les aimons et tenons à eux et en appréciant ce bienfait si facilement pris pour acquis qu’est la santé. Il est aussi crucial d’éviter d’angoisser sur l’avenir, qui est hors du contrôle de quiconque, en s’ancrant dans le présent. En effet, ce n’est que sur lui que nous pouvons agir et c’est en chaque instant que virevoltent de petits flocons de joie autour de nous. À la portée de tout un chacun. Il ne suffit qu’à faire confiance à la vie et à tendre le bras pour s’en saisir.

Révisé par Audrey-Ann Journault


Références

TED-Ed. (2013, 31 août). The neurons that shaped civilization – VS Ramachandran . YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=l80zgw07W4Y


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