Te vouloir à moitié – Par Jessica Herrera-Roberge

Tu étais mon meilleur ami. Il y a longtemps de ça, trop longtemps pour que ça veuille dire quelque chose maintenant. On a match sur Tinder. Un peu par blague, un peu par curiosité, un peu par désir. On a trouvé ça drôle. Ça n’a pas pris de temps pour qu’on réalise qu’on était à neuf cents mètres de distance. Dans une ville comme Montréal, où tout semble près, mais loin. Où les personnes que l’on cherche le plus ne croisent jamais notre passage. Et où celles qui nous sont indifférentes se présententdans le paysage sans que l’on s’en rende compte.

Je t’ai dit de me rejoindre. Dans un bar où j’étais avec une amie. Une belle circonstance, elle allait pouvoir m’aider à contrôler la situation sachant que j’étais encore incertaine de ce que je voulais de cette soirée. Une simple réunion ou plus que cela ? En un clin d’œil de ma part, elle quitterait la place, aussi rapidement qu’elle sait le faire. Donnant une excuse ou une autre, peu importe.

Quand tu es entré, je t’ai tout de suite trouvé charismatique. T’avais glow up. Ça, c’est clair. T’avais les cheveux longs, tu portais du noir et t’avais des bagues aux doigts. J’aime les gars qui portent des bagues aux doigts. Tu portais un complet, mais qui porte des complets à notre âge ? Charismatique, comme je disais. Mais, j’étais tout de même déçue que ce ne fût pas mon ami que j’avais devant moi. Que tu avais changé, d’une certaine manière.

On a cliqué. Et pour ça, on ne pouvait pas le nier.

J’étais curieuse de te voir aller. De nous voir aller. Surtout avec les verres qui s’accumulaient. Tes goûts distincts qui te faisaient commander un peanut butter scotch beer. Comme s’il n’y avait pas de lendemain. Ça faisait changement de celleux qui commandent toujours la même chose. Toi, tu essayais de quoi de nouveau et je respectais ça. Même si elle goûtait indéniablement la merde, ta bière.

Mon amie est partie.

On est sortis dehors. Je ne sais pas si tu le savais que j’avais un faible pour la cigarette, peut-être que tu l’as senti, mais, ça n’a pas pris trop de boufféesavant que tu me dises que tu avais le goût de m’embrasser. Et j’ai acquiescé. Parce que j’étais curieuse de savoir tes lèvres goutaient quoi exactement.

C’était bon. De bonnes lèvres, bien alignées, un peu aventurières. C’était peut-être l’alcool aussi qui brouillait mon jugement. Parce que, même si ça ne me tentait pas tant que ça, j’ai fini dans ton lit pas longtemps après. Et on en a fait du chemin. Un métro, un bus. Plus j’avançais, plus j’avais l’impression qu’il n’y avait pas de point de retour. Même s’il devrait toujours avoir un point de retour.

J’ai crié comme si j’aimais ça. Pendant un moment, j’aimais ça. Plus par surprise que d’autre chose, la nostalgie d’un passé pas si loin que ça, dans le fond.

Les pensées restaient pourtant là. À me demander pourquoi je couchais avec quelqu’un, quelqu’un que je ne voulais pas tant que ça. À me demander si je pouvais là, maintenant, dire « j’tannée » et partir, sans faire de scène, juste parce que. Je m’imaginais le faire, mais je n’y arrivais pas. Parce que dans tous les cas, « ce n’était pas si pire que ça ». C’était quand même plaisant notre aventure, notre baiser, notre chimie.

Mais, est-ce que tu le ressentais toi aussi ? Est-ce que tu étais en mesure de voir à travers mon jeu ? Est-ce que c’était de ma faute si je mettais sur pied une production théâtrale pour te faire plaisir ? Pourquoi est-ce que je jouais ce rôle, là, maintenant, précisément ? Pourquoi est-ce que je n’arrivais pas à présenter mes besoins concrètement ? À t’affirmer haut et fort : « Cette baise est ordinaire, on arrête de se mentir et on stoppe tout ? »

Au lieu de te le dire, je me concentrais sur tes tatouages. La panthère sur ton épaule gauche, le yin et du yang en harmonie sur ton biceps droit et la rose le long de ton bras. Pour oublier que je ne voulais pas vraiment être ici, dans le fond, mais que je restais silencieuse. Ou plutôt, pas silencieuse.

Révisé par Alexia Leblanc


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